Les naufragés


Le marin à l’épave:
Quel est ton nom?
Naufrage, répond le gréement.
 
Habitants de la mer
Loin du mouillage,
La lune, haute et claire,
Tire en vos âmes de bien tristes marées.
Aux profonds des terre vous la contemplez briller.
Le vent agite des arbres la cime.
Les reflets d’argent vous rappellent l’écume dansante sur les abîmes.
Astres, ramenez nous aux humides sillages.
 
Le marin aux forêts:
Arbres je vous mettrai tous à bats
Et de vos troncs je ferai de hauts mats.
 
Des pas mal habiles sur un sol sans tangage.
Aux pieds, du brun, que vous rêvez azuré.
Le ciel porteur placide de vos rêves et mirages,
Vous regarde de son intangible sommet
Et vous console de ses ballets muets.
Mouettes chantez pour vos compagnons égarés,
Leurs yeux pris de sel, n’ont nul rouleaux à contempler.
 
La marin au ciel:
Céleste canopée qui me montre les voies étoilées,
Je rêve un jour de pouvoir te sillonner.
 
Les hommes, envieux des creux,
Parfois des récifs finissent captifs.
Vivants esquifs aux amarres rétifs,
Condamnés à l’exil d’être trop amoureux.

Messie aimant


Plongé dans la pénombre,
Des feux sonores m’arrachent à mes pensées sereines.
La solitude à nouveaux m’écrase.
La vie n’est pour moi qu’un leurre
Qui me détourne de la mort.
Pour combien de temps encore ?
 
Quelques mots à mes lèvres.
Des prières.
Sur les mur les phares projettent des ombres,
Mes vierges ressurgissent en nombre.
En mon cœur comme du lierre;
Pousse la fièvre.
 
Je n’ai qu’un culte, primitif.
Venus des Pangées,
Chevillé au plus profond de chaque homme,
Chez moi, il ne cesse de brûler.
Vénus au corps, le désir comme seul idiome.
 
Des milliards de temples mouvants;
Laissez-moi fouler ces parvis,
Pénétrez ces nefs.
À genoux pour vous chérir,
Je caresserai vos bas-reliefs.
Sous vos croix, soumis,
Dans vos rayon, priant.
 
Aux portes les odeurs de chairs et de parfums mêlés,
Mon encens à moi, extase des corps fantasmés.
Écoutez, tout mon être chante vos louanges.
Je ne suis pas un simple amant,
Je suis vôtre ange.
Je porterai sur terre les lois de votre beauté.
Sans faille, infatigable messager.
Permettez-moi de voir, de toucher,
Et nul part au monde votre grâce ne sera ignorée.
J’userai de sort,
Chamane, mes mots tissés par la vision de vos corps entre mes reins abusés.
Je dévoilerai vos trésors.
 
Idoles je vous brise,
Pour répandre sur le monde la jouissance exquise.
 
De vôtre zénith je serai la passerelle.
Mes yeux imprégnés de vos douceurs charnelles,
Témoigneront à chaque instant,
À chaque battement.
« Vois mon frère dans mes yeux, étreins le paradis.
Incline toi, je cligne, la vie s’éteint ici. »
 
Déesse ne vous refusez pas à moi.
Je me sais répugnant, lubrique et ruisselant,
Mais si vous êtes mon salut,
Je suis le rehaut de vos vertus.
Le scribe, la pythie,
L’oracle, annonciateur de vos miracles.
De vôtre gloire le bâti.
Vous m’êtes toutes uniques,
Je suis vôtre amant messianique.

Sirène


Non mon horizon n’est pas fabuleux.
Je le vois, plonger à pique,
Dévoré par quelques monstre venus de ténèbres archaïques.
Précipité dans des confins hideux.
Mes romances éventrées,
Que me reste t’il? Une âme éventée
Et des cendres pour mes poèmes.
Je ne suis qu’un navire sans équipage
Destiné aux noires dentelles des récifs.
Je m’enfonce dans les flots glacials, plaintif,
Sans recours.
Vagues brisées ma coque de rage.
Homme ne me porter aucun secours.
Mon tombeau sera sous marin.
Ces profondeurs sans lumière,
Dissimuleront au monde ce corps sans attrait.
Les créatures abyssales emporteront, bout par bout, ce vaisseau de misère,
Mes pleurs remplacés par des clapotis sereins.
 
À terre, nul doute que d’autres cœurs, aux fortes marées,
Finiront sous les rouleau furieux, noyés.
Trompés par le doux chant des sirènes,
Qui laissent dans les remous, affleurer leur poitrine.
Leur peau de nacre contrastant avec les teintes marines.
Sous leurs griffes ils croiront entrevoir l’amour, ils ne découvriront que la haine.
 
Naufrageuse au corps d’Éden,
Allume tes feux trompeurs,
Et pièges le mousse assoupi dans les brumes.
Il se couchera sur ton lit de mort et d’écume.
Espérant dans tes creux retrouver la chaleur.
Mais dans ses veines,
Déjà le sang bleui.
Bientôt flottera un corps nu dans les débris.

Heidi


La pluie dans sa chute, parfois du ciel arrache quelques beautés.
Des précipitations naît alors un précipité,
Un être parfait, une bête philosophale
Changeant en or chaque instant,
Transmutant chaque hommes en amant.
Reine du végétal, maitresse de l’animal,
Laissez-moi, en quelques vers maladroits
Vous racontez le visage qui des astres deviendra roi.
 
En boucles, tombent des rayons d’ambres
Occultant par alternance deux cristallins ruisseaux.
Ces yeux, d’un esprit vif la chambre,
Comme deux perles de candeur,
Percent aussi sûrement les cœurs
Que les chants des plus rares oiseaux.
Son minois au hâle solaire,
Du nez au menton
Parcouru de doux rebonds,
Anime les faciès les plus sévère
D’une joie juvénile,
De celle qui dilate les pupilles.
Oui elle est bien jouvence
Et c’est avec prudence
Que l’on se penche sur ses reflets
De peur de n’y lire, pour notre image, aucun attrait.
Car comme toutes les déesses
Elle sèmeras en son sillage mille détresses,
Mille hommes éconduits
Qui après avoir fixé le soleil, gouteront la plus profonde des nuits.
Mais pour moi, déjà gavé de fiel
Âme errante, golem de gâchis;
Elle est une corde jetée du ciel
Pour que je revienne à la poésie.
 
Si je devais choisir au monde
Pour sertir mes jours, une idole,
Je n’hésiterai pas une seconde
Et je choisirai celle naquit
De la pluie et du sol; Heidi.

Éos


à A

Certains portent leurs yeux vers les pôles,
Rêvant leurs cieux pris des couleurs boréales.
Moi je suspends mes vers aux portes de ma geôle,
Espérant que tu t’y penches et me portes ta blancheur sidérale.
 
Tape à ma porte,
Arrache moi à toute humanité.
Je me rêve bête, à tes pieds dompté.
Je n’ai plus d’autres envies que d’être le lit des tiennes.
Ô nymphe plébéienne,
Use moi à m’en tuer.
Je n’ai rien à perdre, qu’une vie de joie dépouillée.
L’agonie est mon quotidien,
Mais baise moi et je te tisserai d’infinies fantaisies de mes mains.
 
Fuyons ensemble les lourdeur électriques
De ce ciel bas, aux teintes cadavériques.
Devient mon feux dans l’âtre,
Mon joyaux au diadème,
Mon refuge face aux anathèmes.
Ta peau de lait, ma  voûte;
Au étoiles ma route.
Comme toujours, astrolâtre,
Mes yeux brillent d’adoration.
Berce moi de compassion.
Chassons ensemble, des comètes la queue,
Leurs traînes cristallines orneront notre cache
Entre un trou noir et milles astres radieux.
Là assoupis, sans plus aucune attache,
Nous regarderons des atmosphères, les gaz
Changer de couleur, nous offrant tour à tour, diamant, rubis, topaze.
Nous serons riches de toutes les richesses,
Au jour le jour, filants les étoiles aux promesses.
Comblés, sans plus de vœux.
Au Zénith bienheureux.

Ris


à E

Tu es venue et comme un flambeau tu as déchiré les nuits, couvrant les ténèbres d’un clair linceul.
 
Volant aux Vénus
Leurs éclats,
Éclipsant leurs auras.
Tu as porté les lueurs au fonds du puits,
Sorti mon âme de son étui.
Que ne cesse ton rire.
Ô, glas du pire,
Source de joie,
Berceau de la foi.
Il emporte aux cœurs des hommes,
Des fantaisies faites d’enfantines péripéties.
Soulevant le voile morne que les fous jettent sur la vie.
Sourire aux lèvres, des amants tu es l’idiome.
 
Dis moi, beauté des calanques ;
Dis moi au monde ce qu’il te manque,
Et ma vie sera faite vaisseau, par tes ordres commandés,
Mes bras équipages pour te combler.
Ils seront légion à tes genoux,
Tous à tes caprices serviles.
De la terre te contant les bijoux.
Rêvant avec toi quelques idylles.
 
Mais au fond,
Tu n’as que faire d’une armée.
Seule, des cieux tu es la trouée,
Portant ta joie en rayons,
Ton rire déchirant les bâillons,
Arrachant sans peine le cœur d’Hypérion.
 
Ris jolie
Et sème la beauté.

La sorcière


à L

Ruisseau de nuit.
Coiffe au corbeaux.
Tes lèvres gorgées d’envie
Soufflent dans de noir appeaux.
 
Des breloque d’or et d’ossements
Se mêlent à tes tresses,
Pendantes négligemment
Au coin de tes yeux de chasseresse
Un petit crâne d’oiseaux repose sur ta poitrine.
Saillies et creux livides
Contrastent avec la chair rebondie.
De mort et de vie, un être hybride,
Tu dévore ceux qui, par tes charmes sont pris.
 
Lune pâle.
Crible de nuages.
Ta peau claire, de la lune le hâle.
Tes pas, de la mort le sillage.
 
Tes traits chargés de douces promesses,
Mènent à la tombe l’homme qui dans tes yeux croit y voir de la tendresse.
Ce pouvoir que tu exerces
Sur l’être aimant empli de liesse,
Est un voisin plaisant de l’agonie
Menant tous ceux qui y succombent
Aux lugubre champs remplis de tombes.
Aujourd’hui c’est moi qui périt.

Amazone bleu


Assise si prés,
Ton regard pris dans les distants
De ton esprit, abri brut de ce monde bruyant.
J’aimerais des yeux pouvoir te dévorer.
 
Dévorer ton visage de chasseresse
Aux yeux perçants.
Ton corps de pécheresse
Aux traits captivants.
Ton blouson noir luisant,
Ta peau brune,
Tes cheveux sombres aux éclaircies de feux
Gravent sur mon âme un désir fiévreux.
Ta robe bleu roi
Fendue sur la longueur
Dévoile ta cuisse soulevant l’émoi,
Prenant le corps d’une vive ardeur.
 
La beauté semble tenir dans tes doigts
Les autres, des ébauches pour enfin te tracer toi.
Ta présence éclipse le monde,
Mon existence même se dilue.
Permets moi la fronde
De caresser ta peau nue.
 
Là devant la masse inconnue,
Nos deux corps entameront une étrange mue.
Celle qui transforme l’individu en union,
Qui chasse le temps et la raison.
Toi et moi sous ce ciel fait d’artifices,
De lampes néons et de plastiques trop lisses.
Offrons à la vue de tous un havre aux bêtes
À la nature sauvage.
Le corps agités en fête
Mêlons nous sans ambages.
 
Liquéfiés en une masse aimante
Dans un charnier fébrile.
Une créature informe, démente,
Abandonnant sa nature servile
Pour s’adonner enfin, au plaisir.

Ô cyeux


Bleu linceul,
Étrange caveau
Duquel les muses veulent
Que je reconquiers mes mots.
Le soleil haut émissaire
S’impose rieur,
De ma peine moqueur.
L’ambre se mêle à mes nuits,
À mes pensées de suif.
Poésie? Non, je manie mystères.
Racle terre,
Survivre à l’enfer;
La foi pour tentation.
Mais mon amour va
À l’absurde et ses omissions.
Alors continue le combat,
Paver le monde de beauté
Jusqu’au jour où, dans tes yeux
Je pourrai replonger.
Voilà mes armes,
Le souvenir de l’émoi et de tes charmes.
Pour toujours bruns seront mes cieux.

Mon Santiago


Sur la route j’en ai croisé de toute sorte,
Des humains brisés aux yeux bariolés de douleurs
Et aux poches, remplies de lettres mortes.
 
Certains soupiraient des tempêtes de langueur,
Les tempes caressées de noires pensées
Et les mains gantées d’horreur.
 
Moi j’étais l’un d’eux, un de ces brisés,
Qui traînait de son cœur les lourdeurs…
Et puis,
 
Là, attablée avec moi,
Assise, distraite,
Perdu dans des pensées secrètes;
Un puits,
Un puits de beauté.
 
Bonjour, d’où venez vous?
Puis-je baiser votre cou?
Je marche le camino,
Et te voilà,
Mon Santiago.
Laisse-moi te regarder à ma guise.
Te fouler, ma terre promise,
Et t’étreindre, dans mes bras.
Moi je veux suivre chacun de tes pas.
 
Déjà quelques jours ensemble.
La nuit, j’en ai les lèvres qui tremblent.
Allongé dans les ténèbres,
Toi tu n’es que lumière.
Au ciel les étoiles te célèbrent.
De mes rêves, tu es l’orfèvre, la joaillère.
 
À tes côtés
Je ne suis qu’un bûcher,
Un fou qui ne cesse de se consumer.
Katerina laisse-moi brûler.
À tes côtés
Je reste muet.
Admiratif de chacun de tes traits.
Katerina laisse-moi te contempler.
À tes côtés
Je veux rester.
Sans toi autant crever.
Katerina laisse-moi t’aduler.

 

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