Sans berger


Nous sommes seuls,
Livrés à nous mêmes.
Ignorants comme nôtre aïeul.
Terrifiés au fond des nuits.
Craintifs dans les rayons blêmes,
Fuyant face à la vie.
 
Coiffant l’immensité ; nul berger.
Un vide, le néant,
Un espace sans fin livrant nos imaginaires aux tourments.
Un fossé où s’éteint la pensée.
 
En quête de sens, de symboles,
Érigeant des églises aux splendides coupoles,
Dessinant des croix,
Scrutant aux sommets des beffrois…
 
Il n’y a rien, rien du tout.
Rien que nos semblables luttant comme des fous,
Remplissant des charniers,
Allumant des bûchers,
S’entre-déchirant pour des idoles.
Les poings brandis furieusement,
Prêts aux exactions les plus folles,
Aveuglés par le sang,
Égarés par les écrits,
Pleins de haine et de mépris.
 
Où sont les sourires qui embellissent?
Les rires de joie complices?
Les chants calmes des bienheureux?
Les amants d’un soir fiévreux?
Toutes ces promesses qui ont pavées mon enfance
Me laisse aujourd’hui comme un adulte en souffrance.
 
Accueillez moi routes et chemins, laissez dérouler mes doutes sur vos tracés sereins. Au rythme de mes pas, chargés d’errance, l’esprit en déroute. Soyez mes complices silencieux, porteurs muets, voies terrestres reculées, mes semelles résonneront sur vos fuites sinueuses.

 

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Traqueurs de splendeurs


Sous les édifices étirant leurs ombres lasses.
Dans les dédales urbains fais de crasse.
Entre ces épaisses cloisons
Obstruant nos horizons.
Nos esprits, retenus; endigués…
Marchons, sentons nos pas, tranquille marée;
Sentons naître la force loin des tracés.
En marge.
Guidés par les courants telluriques
Invisibles spectres magnétiques;
Au large,
Portés par les crêtes marines
Chevelures mobiles de merveilleuses ondines.
 
Devenons ces fumées dérivantes dans la haute voûte,
Ces nuées battantes traçant de folles routes,
Ces trajectoires éphémères
faites d’incandescentes poussières;
Et dans nos sillons,
Toujours mus par la liberté et son aiguillon,
Semons, semons les beautés d’une vie de filature.
Traqueurs de splendeurs
Obnubilés, pleins d’ardeurs,
Époumonés d’air pure.
Amants éperdus.
Chevaliers nus.

 

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Je veux rester fou


Je veux rester fou.
De traits en traits barrés
Croissent en moi le rou-
Lis de Mai tapissez, tapissez.
Sous mes pieds clous et écrous
Accueillent ma plante et se plantent.
Quel est ce liquide qui s’écoule de ces trous?
Vers toi j’erre
En trace rouge.
Ire divine, meurtris ma chair.
Frappe d’arcs diamantins que plus rien ne bouge.
Saccadé.
Désossé.
Les rue froides reçoivent à pleins néons
Mon front qui déverse,
Peuple d’Hélicon,
Ma tristesse mêlée d’ivresse,
Habillant le béton en chemin
D’épaves merveilleuses,
Celles de mes muses en orpailleuses.

La folie qui prend mes gestes,
La folie devant mes yeux,
Est une trouée où chante bienheureux
L’enfant que j’ai été et ce qu’il en reste.
Je veux rester fou!

 

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Les ladres en rayons


Sous le feu journalier des tribunaux qui se dressent en herses.
Attaquer de toutes parts par des idiots qui mutuellement se bercent
De leurs pensées immobiles, heureux sous le joug stérile,
Se disant athées, libres penseurs mais vivant toujours dans l’ombres des idoles.

En escadrille ils frappent ceux qui marchent d’un autre pas, qui mûrissent des idées folles.
Ceux qui embrassent la vie dans sa nature absurde,
Ils les jettent au lazaret, les punissent, les privent les isolent.

Mais ces monstres, ces chimères, fait tout entier de la même chair, sans aucun doute de nous tous les frères.
Ces ladres en rayons que l’on tente d’incliner,
Percent le monde, indomptés.
Se brisent comme les vagues en myriades de joyaux.
Se répandent merveilleux, incandescents tels des astres effondrés,
Vagabonds célestes, sans maître ni geôlier.

Nous aurions beau les frapper, les réduire en lambeaux, les traîner aux tombeau,
De nous tous ils resteraient les plus éloquents,
Vifs comme un feu aux broussailles, ardents.

Laissons voguer ces êtres étranges,
Toujours à contre-courant,
Le regards perdu dans le néant.
Ils sont nos flambeaux dans les nuits.
Ils sont nos vœux jetés aux puits.
Ils sont le temps qui change,
Le temps et ses mille détours
S’incarnant en des êtres aux discrets atours.
Nos demains, nos refuges
À l’abri de tous juges.
Notre monde en crue,
Garants de toutes les vertus.

 

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Les Endeuillés


Les endeuillés
Ils sont partout,
Camisolés
De noirs dégouts.
Une vie de certitude
Qui empeste la décrépitude,
Qui empeste la mort.
L’ultime comme prémices,
Alors on se drape de précipices.
Sous les plis sombres
Se diluent en nombre
Les rêves, les rêves
Qui nous faisaient Homme.
Pleins de vaillante sève
Se répandant dans chacun de nos gestes.
Précieuse, parant nos moindres foulées,
Enivrantes dans les baisers.
Pulvérisant du quotidien le lest
Pour ouvrir des domaines
Où la beauté de toutes choses était la traîne.
 
Étole d’ombre que je te hais.
Un mot tendre te chasse
Mais l’instant d’après sur le cœur te voilà retombée,
Couvrant l’humanité, la muant en masse,
Indifférente,
Morte avant d’être mourante.
Alors endeuillé, qu’attends tu?
De proie, la serre cueille.
Fais toi oiseaux et d’envol,
Fleuris ton deuil.
Rougis l’étole
De ton cœur invaincu.

 

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La cadence


La foule en silence,
Écoute le chant souterrain.
Ce roulant refrain
S’écoulant dans ces tunnels immenses.
Les lumières unes à unes défilent,
Comme un salut
Donner aux regards stériles,
De mes frères, ombres écrues
Aux mouvements immobiles.
 
Les portes en cadences
S’ouvrent. Fatalement,
L’on avance sans conscience,
Nos voix muettes,
Secrètement
Hurlantes à tue-tête.
Les silhouettes prises
Dans la lumière aux sommets,
Celle du soleil s’engouffrant dans les escaliers,
Transmuant les corps. Les contours s’irisent.
Un instant, j’aperçois la vie sans fil.
 
À l’embouchure
La foule se dissipe.
Les pieds trainent d’usure.
L’humain, en fripe.
Quelques instants encore,
J’imagine vivre un jour
Libre. Je maudis notre sort,
Et sur moi déjà se referme
La lourde porte.
Mettrons nous un terme
À ce dégoût sourd.
Sortirons nous de la morte cohorte?
 
J’en doute.

 

 

Conquête!


Crachez, crachez la haine,
Que les poings se dressent.
Que les bouches se muent en sirènes.
Les bras en foule sortant de la paresses
Remuent l’air, jetant milles éclairs.
Les poumons étouffés de colère
Braillent à en éclater les bustes.
Ivres de sang et fiers.
Crève, crève !
Nos pieds d’esclaves fouleront ta chair,
Maîtres.
Nos mains d’esclaves reprendront tes terres,
Monstre.
Le peuple gronde et traine avec lui
La Révolte juste.
 
Que ce bruit,
Celui des multitudes de doigts
Déchirant les panses trop repues;
Celles des fils de roi
Haut et court pendus.
Que ce bruit devienne l’hymne qui au fond des cages
Remue les bêtes.
Sur le blanc des pages
Inscrit en lettres écarlates :
Conquête!
 
Liberté crie ton nom!
Et que mes frères hilotes
Sortent de leur sommeil profond.

 

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Horizons d’acier


Ne voyez-vous pas vos horizons d’acier,
Qui sous vos doigts dessinent des futurs glacés.
Que craignez-vous pour embaumer ainsi
Ce qui fait le sel de la vie?
N’étions-nous pas plus heureux
Quand nous allions, haillons, sandales
Sans joug, sans dieux.
Portant nus nos rêves
Sous les cieux d’éclairs traçant nôtre espace absidal.
Sans poids qui nous grève.
 
Sans filins,
Mais libres!
À deux pas du ravin,
Mais libres!
 
Garder vos vœux raisonnables.
Laissez-moi, voisin des Hyades,
Dansant fiévreux, solitaire en parade.
Au-dessus de moi ces cercles d’effrois,
Mille oiseaux de proie.
Cette fragilité qui vous est détestable.
 
Je couvrirai mon corps de fleurs en guise d’étoupe
Et quand sur moi, indécent, marcheront les troupes,
Je deviendrai brasier,
Sublime, fugace, un roi de cendres couronné.

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Trouver tombeau


Un parterre de fleurs sauvages;
Sous une canopée d’étoiles claires;
Voici les témoins sans verbiage
De la disparition de ma chair.
 
J’irai trouver tombeau.
Par-delà les hommes et les cohues,
À l’abri des cités des êtres imbus;
De leurs reflets si faux.
 
Un Orphée sans retour.
Je resterai dans les plaines sans amour,
Celles ou ne perce jamais le jour,
Celles du Tartare, de l’enfer rougeoyant,
Des cohortes plongées dans de silencieux tourments.
Celle où ne couleras plus mon sang.
Ni pour un cœur épris de leurres,
Ni pour un corps avide du mors
Des femmes trompeuses comme les brillances de l’or.

 

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Impénitent


Impénitent,
Toujours mes yeux creusant les courbes,
Perçant de traits avides,
Les médaillons de chaires aux gestes graciles.
Creux secrets, nymphes et ondines,
Laissez-moi plonger en vos paradis fertiles.
De vos vœux je ferai des mondes entiers.
Roulant de Sisyphe la pierre jusqu’au sommet.
Héro zélé ou bandit aux milles rapines,
Ma vie suivra le fil de vos songes.
Je me plierai à vos désirs, fervent, aimant jusqu’à ma longe.
 
Ô déesses aux enivrantes mollesses,
Pavez ma route de nuits d’ivresses.
Et demain, conquérant, je foulerai du panthéon
Le glorieux parvis d’or, porté par de divins orphéons.
De l’Olympe et du Walhalla,
Je graverai les frontons,
De vos doux noms, sonnant à mes oreilles comme la plus douce des chansons.
 
Vos corps nus mes Piétas,
Galvanisent mon cœur, vos effluves gonflant mon buste.
Sous mes mains, vos corps épuisés.
Je m’assoupis, béat.
Venez avec moi parcourir les chemins vénustes.
Mes mots frustes,
Taillés maladroitement,
Vous chérirons de l’amour juste
D’un éternels amant.