Les ladres en rayons


Sous le feu journalier des tribunaux qui se dressent en herses.
Attaquer de toutes parts par des idiots qui mutuellement se bercent
De leurs pensées immobiles, heureux sous le joug stérile,
Se disant athées, libres penseurs mais vivant toujours dans l’ombres des idoles.

En escadrille ils frappent ceux qui marchent d’un autre pas, qui mûrissent des idées folles.
Ceux qui embrassent la vie dans sa nature absurde,
Ils les jettent au lazaret, les punissent, les privent les isolent.

Mais ces monstres, ces chimères, fait tout entier de la même chair, sans aucun doute de nous tous les frères.
Ces ladres en rayons que l’on tente d’incliner,
Percent le monde, indomptés.
Se brisent comme les vagues en myriades de joyaux.
Se répandent merveilleux, incandescents tels des astres effondrés,
Vagabonds célestes, sans maître ni geôlier.

Nous aurions beau les frapper, les réduire en lambeaux, les traîner aux tombeau,
De nous tous ils resteraient les plus éloquents,
Vifs comme un feu aux broussailles, ardents.

Laissons voguer ces êtres étranges,
Toujours à contre-courant,
Le regards perdu dans le néant.
Ils sont nos flambeaux dans les nuits.
Ils sont nos vœux jetés aux puits.
Ils sont le temps qui change,
Le temps et ses mille détours
S’incarnant en des êtres aux discrets atours.
Nos demains, nos refuges
À l’abri de tous juges.
Notre monde en crue,
Garants de toutes les vertus.

 

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Les Endeuillés


Les endeuillés
Ils sont partout,
Camisolés
De noirs dégouts.
Une vie de certitude
Qui empeste la décrépitude,
Qui empeste la mort.
L’ultime comme prémices,
Alors on se drape de précipices.
Sous les plis sombres
Se diluent en nombre
Les rêves, les rêves
Qui nous faisaient Homme.
Pleins de vaillante sève
Se répandant dans chacun de nos gestes.
Précieuse, parant nos moindres foulées,
Enivrantes dans les baisers.
Pulvérisant du quotidien le lest
Pour ouvrir des domaines
Où la beauté de toutes choses était la traîne.
 
Étole d’ombre que je te hais.
Un mot tendre te chasse
Mais l’instant d’après sur le cœur te voilà retombée,
Couvrant l’humanité, la muant en masse,
Indifférente,
Morte avant d’être mourante.
Alors endeuillé, qu’attends tu?
De proie, la serre cueille.
Fais toi oiseaux et d’envol,
Fleuris ton deuil.
Rougis l’étole
De ton cœur invaincu.

 

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La cadence


La foule en silence,
Écoute le chant souterrain.
Ce roulant refrain
S’écoulant dans ces tunnels immenses.
Les lumières unes à unes défilent,
Comme un salut
Donner aux regards stériles,
De mes frères, ombres écrues
Aux mouvements immobiles.
 
Les portes en cadences
S’ouvrent. Fatalement,
L’on avance sans conscience,
Nos voix muettes,
Secrètement
Hurlantes à tue-tête.
Les silhouettes prises
Dans la lumière aux sommets,
Celle du soleil s’engouffrant dans les escaliers,
Transmuant les corps. Les contours s’irisent.
Un instant, j’aperçois la vie sans fil.
 
À l’embouchure
La foule se dissipe.
Les pieds trainent d’usure.
L’humain, en fripe.
Quelques instants encore,
J’imagine vivre un jour
Libre. Je maudis notre sort,
Et sur moi déjà se referme
La lourde porte.
Mettrons nous un terme
À ce dégoût sourd.
Sortirons nous de la morte cohorte?
 
J’en doute.

 

 

Conquête!


Crachez, crachez la haine,
Que les poings se dressent.
Que les bouches se muent en sirènes.
Les bras en foule sortant de la paresses
Remuent l’air, jetant milles éclairs.
Les poumons étouffés de colère
Braillent à en éclater les bustes.
Ivres de sang et fiers.
Crève, crève !
Nos pieds d’esclaves fouleront ta chair,
Maîtres.
Nos mains d’esclaves reprendront tes terres,
Monstre.
Le peuple gronde et traine avec lui
La Révolte juste.
 
Que ce bruit,
Celui des multitudes de doigts
Déchirant les panses trop repues;
Celles des fils de roi
Haut et court pendus.
Que ce bruit devienne l’hymne qui au fond des cages
Remue les bêtes.
Sur le blanc des pages
Inscrit en lettres écarlates :
Conquête!
 
Liberté crie ton nom!
Et que mes frères hilotes
Sortent de leur sommeil profond.

 

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Horizons d’acier


Ne voyez-vous pas vos horizons d’acier,
Qui sous vos doigts dessinent des futurs glacés.
Que craignez-vous pour embaumer ainsi
Ce qui fait le sel de la vie?
N’étions-nous pas plus heureux
Quand nous allions, haillons, sandales
Sans joug, sans dieux.
Portant nus nos rêves
Sous les cieux d’éclairs traçant nôtre espace absidal.
Sans poids qui nous grève.
 
Sans filins,
Mais libres!
À deux pas du ravin,
Mais libres!
 
Garder vos vœux raisonnables.
Laissez-moi, voisin des Hyades,
Dansant fiévreux, solitaire en parade.
Au-dessus de moi ces cercles d’effrois,
Mille oiseaux de proie.
Cette fragilité qui vous est détestable.
 
Je couvrirai mon corps de fleurs en guise d’étoupe
Et quand sur moi, indécent, marcheront les troupes,
Je deviendrai brasier,
Sublime, fugace, un roi de cendres couronné.

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