Avant l’aube


Assis, tout vibrant, sans espoir.
Le corps en une cavité noire.
Scrutant au plus profond les ténèbres
Dans l’attente du disque doré qui s’élève,
Il bat des mains sans trêve
Et emplit l’obscurité de sons brefs –
Des embryons de musique
Se cognant en échos sur le relief
De son antre archaïque.

Assieds-toi, si tu le veux,
Bats des mains avec lui.
Faites naître ensemble de fragiles symphonies.
Si tu pouvais voir son sourire heureux
Que la nuit dissimule, que, par crainte, il enfouit.
Dans ce chaudron où pousse le matin,
Tous attendent le soleil et ses rayons sereins.
L’horizon se dessinera alors clairement
Et de ces moments aveugles partagés
Naîtront des rêves, des replis secrets,
Terreaux fertiles des amours naissants.

Moulin ou ailleurs


Moulin ou ailleurs, avançons tirailleurs,
Sabrons sous le clair électrique,
Vibrons dans la nuit, extatiques.
La pluie muée en éclairs,
Crachant dans les halos des réverbères.
Nos corps détrempés, ruisselant de perles irisées,
Mêlées de sueur, un ectoblaste se rêvant platine.
Là, vois les sarabandes, sur les trottoirs,
Crever les cieux,
Ces ivres fous qui regardent, envieux,
Mon reflet dans tes rétines.
Une pause… Où va cette histoire ?
Au diable, que crève la raison !
Qu’elle gise sous la passion !
Qu’en torche, tournoient les corps
Pris dans les suspentes,
Fendre l’air en une vive descente,
Voir les ombres grandir au sol
Et se sentir vivre avant que l’on ne s’étiole.
Embrase le ciel, supernova,
Et que notre fracas pulvérise le monde comme un sursaut gamma.