Exégète


Me voilà exégète, lecteur patient de ton visage,
Scène mobile de tes humeurs,
Dans lequel s’animent mes plus beaux mirages.
 
Laisse-moi percer où ton désir demeure.
Je creuserai une loge dans les parois de mon cœur
Où nichera une idole à ton image.
Du soir au matin, resonneront des élégies,
Mes vaisseaux transporteront des visions hallucinées de paysages,
Tissés de ton corps répété à l’infini, attisant mes ardeurs.
 
Aurige de mes envies, creuset de mes insomnie; Elsa, ma douce égérie.

Érato


Mes mains à la rencontre de ta chair,
Un ballet tendre, dissimulé,
À couvert sous les drapés,
Deux chercheuses dévoilant à tâtons tes mystères.
 
Partant en avant, deux amants pèlerins, précédant d’un soupir les corps encore liés d’interdits,
Cheminant, avides de la sève des jours,
Espérant creuser, dans l’écorce des nuits, des aurores d’ambre et des crépuscules de velours.
 
Peau contre peau, le souffle sans repos, saccadant, étrange appeau appelant à pleins poumons un fiévreux envol, un saut, une chute aux creux des ravines où s’unissent deux égos, aux rythmes des chants d’Érato.

 

Fille de Mnémosyne


Fille de Mnémosyne,
Créature, beauté féline,
Le regard perdu entre deux mondes,
Perçant à chaque instant les voiles sibyllins
Abritant des yeux de mortels
Les beautés éternelles –
Reflets envieux de tes traits aquilins.
Le visage perlant dans l’onde,
Serti de mille brillants cristallins,
Un masque de rose aux pampilles de bruine
Gouttant en pluie d’opalines.
 
À tes lèvres, les désirs s’accrochent et s’inclinent.
Privé de tes baisers, le bonheur décline.
Regarde, au matin, ce visage assassin, frappant les cœurs, à jamais privés de repos sereins.
Admire la source de mes tendres tourments.

Le vol


Entamons ensemble un doux madrigal.
Comme les amants de Chagall,
Partons, légers, en promenade
À la rencontre des processions de ménades.
 
Laissons à nos pieds, nos vies,
De modestes exuvies.
Accrochons-nous au dos d’un grand volatile,
Nos souffles en péril,
Suivons-le dans ses aventures transandines.
Nous atteindrons les cieux supérieurs
Aux couleurs changeantes de la tourmaline.
Sur notre vaisseau de plumes,
Je caresserai ta peau, délicat palissonneur,
Chassant en toi toute amertume.
 
Puis, nous irons dans cet espace au noir de bitume,
Là où les astres percent, en silence,
Ces ténèbres pleines d’insolence,
Recouvrant les mondes
De leurs couleurs infécondes.
 
Ici, à l’abri de tous,
Nous dériverons, comme de jeunes mousses,
À la découverte de ces merveilleuses étendues,
Celle de l’Éther et de nos corps nus.

Détresse


Un corps de nacre brunie,
Mouvant, de creux en crêtes.
Sous les doigts des saillies
Accrochant les rayons, une silhouette
S’arquant; tes formes, de ton cou gracile
À tes reins, se raidissent, fébriles.
Élançant tes seins aux perles d’airelles,
Ton dos se creuse en un rift dément.
La chair parcourue de spasmes,
Des oriflammes, jetés aux vents cinglants.
 
Mais viens l’instant cruel.
L’espace exiguë, toujours empli de tes fragrances,
Témoigne en silence de ta présence.
Dans les draps, git, mort, le fantasme.
Était-ce l’ivresse? Oui;
En moi, tu as versé l’ivresse,
Éteint mes ténèbres croissantes.
Ton corps, en croix, sur mon cœur renaissant.
Mais, au plus profond de la nuit, tu me laisses, en détresse.

Chasser les nuits


Viens, ma muse, ma princesse,
Dans ce domaine sans bordure
Qui ne revêt comme promesse que la simple tendresse.
Entre nos mains, coulera l’or pur.
Nous ornerons nos joues
De teintes écarlates.
La lune envieuse, en joue,
Tirera ses rayons sur nos corps
Dansant, suant des sens en débords,
Chauffant comme un brasier dans l’âtre.
Une beauté profane,
Deux idoles brisées qui s’unissent
Vibrant à l’unisson, ces membres qui se polissent,
Plonger dans tes yeux cymophanes,
Nous traverserons les nuits.
De vœux en vœux, éclosant dans les puits.
Sourds aux clameurs citadines,
Loin des haineux et de leurs badines.

Avant l’aube


Assis, tout vibrant, sans espoir.
Le corps en une cavité noire.
Scrutant au plus profond les ténèbres
Dans l’attente du disque doré qui s’élève,
Il bat des mains sans trêve
Et emplit l’obscurité de sons brefs –
Des embryons de musique
Se cognant en échos sur le relief
De son antre archaïque.

Assieds-toi, si tu le veux,
Bats des mains avec lui.
Faites naître ensemble de fragiles symphonies.
Si tu pouvais voir son sourire heureux
Que la nuit dissimule, que, par crainte, il enfouit.
Dans ce chaudron où pousse le matin,
Tous attendent le soleil et ses rayons sereins.
L’horizon se dessinera alors clairement
Et de ces moments aveugles partagés
Naîtront des rêves, des replis secrets,
Terreaux fertiles des amours naissants.

Moulin ou ailleurs


Moulin ou ailleurs, avançons tirailleurs,
Sabrons sous le clair électrique,
Vibrons dans la nuit, extatiques.
La pluie muée en éclairs,
Crachant dans les halos des réverbères.
Nos corps détrempés, ruisselant de perles irisées,
Mêlées de sueur, un ectoblaste se rêvant platine.
Là, vois les sarabandes, sur les trottoirs,
Crever les cieux,
Ces ivres fous qui regardent, envieux,
Mon reflet dans tes rétines.
Une pause… Où va cette histoire ?
Au diable, que crève la raison !
Qu’elle gise sous la passion !
Qu’en torche, tournoient les corps
Pris dans les suspentes,
Fendre l’air en une vive descente,
Voir les ombres grandir au sol
Et se sentir vivre avant que l’on ne s’étiole.
Embrase le ciel, supernova,
Et que notre fracas pulvérise le monde comme un sursaut gamma.