La houle terrestre


Les mortes futaies
Crachent anxieuses
Des bras aux verts feuillages,
Roulant la houle de la labour
Aux gréages.
La terre molle sous les pieds,
Se prépare aux grandes marées.
Poussant dans les vivant terrains,
Le chants des vers
Anime les mottes
Tels une jaillissante écume,
Zébrant ce sol honnis des marins.
Terre! Terre!
Crie la vigie bien haute.
Sans mer nulle rive.
Posés sur ce monde statique,
Rien ne dérive.
Un immobile hypnotique
Si loin des côtes.
 
Le foin se roule en bottes
Mimant les vagues.
Les nuages tentent vainement d’inonder,
Craignant une terre redevenue Pangée.
La vie tout entière réclame son humide berceau.
Les champs dessinent à leurs surfaces
De modestes sillons, les rêvant sillages.
Aidés par les bourrasques qui sifflent bien lasses
Un air aride chargé d’angoisse.
Les bourgeons en prières attendent le déluge.
Une croyance comme seul refuge.
Ivres d’illusions pour se donner la force jusqu’aux éclosions.
Comme la terre se rêvant océan,
Pleine d’espoirs sous les cieux défilants.
Comme l’homme en exil, fuyant,
Cherchant sans fin le bonheur d’un instant.

 

WP_20160819_9625

Derniers vers


Ce sont mes derniers vers
Dit le poète face à la mer.
Raide, le regard scrutant les limites,
Il s’immerge à l’unisson
De l’astre mourant sur l’horizon.
Les vagues s’écartent et l’invitent.
 
Sa solitude pour seule amante,
Il s’enfonce dans l’eau clémente,
Sans pleurs ni regrets.
Ses mains on tant travaillé le verbe
Qu’il n’as plus de mot. Muet
Plutôt qu’acerbe,
Se dit-il, la bouche en biais,
Au plus profond brisé.
 
Son menton épousera bientôt
Le reflet mouvant dans l’eau.
L’appréhension de la douleur,
Glace son sang.
Le visage aux ternes couleurs
S’anime, vivant.
Une dernière inspiration,
L’instant d’après le fluide prend ses poumons.
Sur l’onde calme balance la lune en médaillon.
Le Soleil et le poète, engloutis par le fond.

WP_20161205_17_53_35_Pro

Exsangue


Aux bords
De la raison déroulée,
Exsangue et usé.
Mené jusqu’aux confins de son désert.
La tête tombante,
Menton collé au plexus solaire.
L’ombre du midi
Comme seul témoin,
Prise sous les pieds, en repli.
C’est donc ici que finissent tous les lointains.
 
Un horizon palpable.
Un écran tendu,
face à un homme sans but.
On le disait infini,
Mais l’univers lui aussi
Se montre décevant.
Cela fait bien longtemps
Que sa voix s’est éteinte.
Alors, sans un soupir
Il ouvre ses mains comme un livre
Et regarde ses larmes écrire.
La vie feinte
Dans cette tristesse dissociée.
Son esprit ne ressent plus,
Tout en lui s’est tu.
Mais le corps, mécaniquement,
Continue d’irriguer
De souffle, d’amer et de sang.
 
 » Ô ciel, préserve moi.
Recueille moi dans tes étendues bleu roi.
Je resterai muet,
À te regarder sans fin rouler,
Sans fin pousser tes nuages.
Sous tes étoiles, mon champs d’orpaillage.
Tes marées hautes en couleur,
Tire mon cœur vers tes célestes rives,
Tels un doux haleur.
Ô ciel arrache moi à mes douleurs si vives,
Imprègne ma vie de tes récits d’or ».

 

IMG_1248

L’espoir


Des carcasses, des désossés
Traînant les bords des chaussées,
À vomir les cendres de rêve brisés,
Ruminants une vie de raté.
Moi vagabond
Errant sur les routes,
Marchant mes doutes,
Les sans noms
Aux visages noirs poubelle,
Aux cœurs de ciel,
Je leurs dédie mes chansons.
Funambule des trottoirs
Je vois défiler les carrosseries,
Celles des esclaves, leurs brillantes chéries,
Et je rêve parfois qu’une me percute
Me fauche et m’exécute.
Allez on y croit à l’espoir,
Enivrés du parfum des nuits
De celles si sombres qu’elles semblent infinies.
Allez mes frère on le tient l’espoir
Tout sourire comme des torches au soir
L’aube sera belle je le sais,
Bien plus belle que ces ciels étoilés
Ne cessant jamais de captiver
Le romantique aux soupirs morcelés.
Allez, allez on y croit.
Mes amis l’aube sera de soie
Et tous ensemble dans les nouvelles ères
L’on s’aimera au loin des poudrières.
 
Allez dit moi que tu y crois toi
Aux paradis lointains à l’abri de l’effroi,
Aux jours qui jamais ne décline,
Aux horizons pleins de joie,
Aux merveilleuses cités sans badines,
À l’or des poètes et des philosophes rois.

 

WP_20161220_1107

À la fenêtre


À la fenêtre,
Le ciel est gris.
Je le préfère ainsi,
Nuageux, moucheté de pluie.
Car, quand il déploie son bleu triomphal,
Il me semble jeter sur moi un regard plein de mépris.
Alexandre toisant un Diogène de pacotille.
Écrasé, je me sens prisonnier. Je regarde par la grille,
Le dégradé superbe rit de ma vie en morceaux.
Allongé sur le lit ma pensée rampe alors, au caveau.
J’imagine l’instant fatal.
 
À la fenêtre
La vie murmure.
Un enfant pleure,
La route, quelques bruits de moteur.
Ces sons anonymes et quotidiens,
L’humain en lutte. Elle viendra c’est sûr
La gardienne d’un ailleurs serein.
Alors de mon lit je ravive mon cœur
Des peu d’images heureuses que mes mains ont arrachées sur l’affreux chemin.
Ces images qui me tiennent à flot,
Malgré l’instant chargé d’aigreur,
Je les chéris, elle sont de mes mots;
L’or.
 
À la fenêtre,
Penche toi et tu me verras marcher.
Encore un jour, peut-être plus qu’une minute.
Laisser au sol, de ses pieds,
La trace éphémère.
De chute en chute,
Tenter de bâtir la joie, ou au moins,
Une imitation sommaire.
 
À la fenêtre,
La vie n’offre rien.
Il est affreux le chemin,
Mais celui qui l’empreinte y cueille parfois, de quoi fleurir ses matins.

 

IMG_5116

Sembre


Au loin, les paysages
De collines et de nuages entremêlés.
Ici poussent les flambeaux de vivantes émeraudes,
Hachurant l’horizon. Les oiseaux en maraude,
Ombres des cieux aux contours irradiés,
Amis du zénith, moquent les profondeurs sans âge.
Vipères et loups montrent leurs dents.
Rampe chasseur, jusqu’à ta proie.
En un coup, de perles rouge tu est couronné.
De viscère et de sang,
Te voilà capé.
 
Règne Roi
Sans laisse, de la lutte épris,
Dans ta gueule étincelle de grands bruits.
Embrase le monde de tes hurlement insoumis.
Mon souffle contrit,
Embrasse en silence
Ce chant animal.
 
Quand viendra t’il, mon instant fatal;
Devenir dépouille,
Oublier au fond d’une souille;
En finir avec l’errance.
 
Baise ma chair de tes crocs;
Je n’ai plus la force ni les mots,
Pour surnager dans ces nuits qui m’entourent.
 
Déesses, nymphes, esprits,
Lâcher vos bêtes, je me jette à leurs mercis.
Elles sont mon dernier recours.
 
Mes os craquent, lentement dévorés.
Dans ma gorge, elle bouillonne, enfin libérée.
 
Tiens, reprend ma vie; je te la rend.

 

WP_20161021_5756

L’herbier


Des mots trompeurs,
Maquillage syllabique.
Le monde, déformé, oblique,
Menteur.
Je veux le voir crû.
Sans artifice.
La roche, roche.
Une beauté
Comme un tronc, d’écorce nue.
Un poème, comme le plus simple édifice.
Non pas un couvert au monde,
Mais une loupe pour enfler
De toutes les merveilles les traits,
Capturer les minutes vagabondes,
Les exposer sans apprêt.
De mots, de mots est mon herbier.
 
Je vous le tend humblement,
Rien n’y est parfait.
Entre ces pages la magie et un peu desséchée.
Mais c’est un guide sincère,
Lisez mes mots, mon tracé dans la vie et ses mystères.
Ils ne vous révèleront des monts et des plaines aucun secret.
Mais par mes vers vous pourrez les voir,
En mon âme résonner.
 
Sans doute, jamais mes rimes,
De l’univers ne captureront la vérité.
Tous piégés dans des paradigmes
À l’image de l’homme, imparfaits.
Mes textes sont des ponts à mes frères jetés.
Prenez le temps de les traverser, mon cœur vous attend de l’autre côté.

 

WP_20160903_8154

L’homme aux coquillages


L’homme marche, l’air absent.
Il regarde le sable fixement,
Des yeux il cherche des petits coquillages.
Il les connaît si bien qu’il n’a pas besoin de se concentrer,
Dès qu’un de ses favoris apparaît
Tous les autres s’évanouissent comme des mirages.
Ceux qu’il chérit ont deux côtés.
Pile, ils ressemblent à des oreilles,
Face, à de minuscules voies lactées.
À ses yeux, de véritables merveilles.
Il les appelle « coquillages galaxies »
Ses petits cosmos à lui.
Il les fourre dans ses poches
Déjà bien pleines, prêtes à déborder.
Il redoute tous les jours qu’on les lui fauche,
C’est tout ce qu’il a jamais posséder.
Ni famille,
Ni amis,
Que des guenilles
De sans patrie.
Alors ce petit trésor côtier,
Si patiemment amoncelé,
Il y tient, plus qu’à sa propre vie
Qui est, de toute manière bien morne.
Une longue lutte sans répit.
Un malheur sans borne.
Ses yeux secs comme le sable
À force de faire couler des larmes,
Celles d’une douleur ineffable
Pleine de cris désarticulés, de cris d’alarme.
Le soir, avant de s’endormir entre les dunes,
Ils regardent ses reliques briller une à une.
Ses richesses sont simples et son ventre creux
Mais il regarde toujours le monde d’un regard amoureux.
Voilà sa vrai fortune, l’émerveillement facile,
Même face à quelques coquilles futiles.

 

WP_20161018_5920

Les migrants


Des pas dans le sable presque effacés.
Un migrant était là il y a quelques instants,
Mais déjà au présent il est absent,
Par l’écume sa sœur probablement dévorée.
 
Au milieu des géants avaleurs de troupeaux,
De ces hordes de fous bâtisseurs de châteaux,
Ils marchent écœurés et pleins de sanglots.
Le cœur toujours ouvert
Trop épris de la chair.
Errant à l’oblique des sédentaires,
Qui se lient et oublient de toute chose la nature éphémère.
 
Leurs esprits éparses, doux embruns,
Roulent en tout lieu chantant les paradis lointains.
Modestes radeaux pris dans le tumulte des eaux,
Ils ont pourtant le regard fier d’un vieux capitaine de vaisseau.
 
Éternels amants de la lune,
Ils ne souhaitent souvent qu’une chose,
Se mouvoir dans le vent comme la dune,
Vivre sans attente comme des êtres de proses.

 

IMG_2353

Les Hiboux


Ils pensent que je suis fou;
Mais dans la panse d’un hibou,
Géant,
Je roule en rêve
Et mes mains croassent,
Noirs corbeaux aimants,
D’amour lasse
Travaillent le tourment
En des mélodies brèves,
En poésies idiotes,
Sottes.
Alors enfant,
Toi qui aussi ébauche,
Par des mots encore magiques
Entre tes lèvres impudiques,
Un monde certes un peu gauche
Mais gonfler de merveilleux irréels,
D’outre monde outrancier,
Superposant les voyelles
Et les formes de couleurs bariolées.
Trouve toi vite un gros hibou,
Un oiseau de nuit,
Qui t’abritera dans ses replis
Pour y rester un peu fou,
Épris de fulgurances
Irrationnelles,
De migrances
Démentielles.
Nous volerons tous deux au dessus
De ce charnier tragique
Où les adultes tuent
Leurs royaumes féériques.

 

WP_20161214_2872