Précipice V


Que sont ces formes qui dansent
Sur le fond monotone de mes paupières closes.
Scrutant le monde, je ne vois que la mort en toutes choses.
Mais dans les distants de mes orbites,
L’horizon rouge de ma chair en écran
Anime un spectacle bien vivant.
Ma pensée en signes
Fait apparaître un ancien monde en fuite
Au travers de vives lignes.
Certaines évoquent des êtres placides
Aux corps couverts de carapaces solides.
D’autres étranges créatures
Parcourant les espaces sans bordures,
Trônant sombres dans le ciel
Suspendues par des forces irréelles.
 
Y a-t-il en moi un monde enfoui ?
Comme les Dieux chantant sous terre,
Un grouillant ballet sous chair.
Cette peau qui est la mienne
Sert -elle de voûte à un occulte bestiaire ?
 
Dans mes entrailles je les sens gonfler,
Gronder, gémir chargés de haine,
Ils réclament, les crocs montrés
Comme des sentences.
Ils grouillent dans mes membres,
Agitent ma tête prise de fièvre.
Des visions pleines de démence.
Des hurlements aux coins des lèvres.
Mon corps se cambre,
Je convulse.
Ces cris, ces cris… Le monde extérieur me révulse.

 

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Précipice IV


Bruissez feuillages invisibles,
Battus par la pensée et son vent fiévreux.
Faîtes renaître les rivages inaudibles
Dans ces êtres miséreux.
 
Là, je vois les premiers sillons se former
Le mince filet d’eau qui colore la terre,
Comme le sang animant la chair.
Encore timide, il se renforce et commence à creuser.
 
Un bruit sourd, la roche qui dans le courant
Se déplace, portée par ces fleuves naissants,
Traçant des berges
Desquelles émerge l’océan.
 
Creuse, creuse, humide chimère,
Là où tout n’est que pierre et poussière,
Un monde mort, égrainant les heures stériles.
Adviendra les crues, agitées par les mots magiques volés aux Sybilles.
 
Les démons au sommet, témoins,
Voyant à leurs pieds danser milles points,
Ceux des cours sinueux tissant la terre d’éclat,
Se joindront à nous, emportant avec eux l’azur des rois.
 
Alors,
Les flots feront taire les horribles chants souterrains,
Alors,
La terre de nos pas, mimera celle enfouie dans nos mains.

 

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Précipice


Sous la croûte vibre le chant
De grands dieux gisants.
Leurs longs membres étendus
Surgissent parfois, striant les plaines
De motifs sombres, de longs doigts d’ébène.
Face à cette vue, l’homme se jette à terre, salissant de poussière ses haillons écrus.
L’étoffe au fil des prières se pare de dessins qui, comme les livres sacrés, arbore les splendeurs de la piété.
 
Ces titans morcelés, inondent les corps de leurs étrange polyphonies.
Les ondes sonores éveillent dans le creux des hommes les souvenirs d’étendues fragiles, s’animant au moindre souffle.
Là dans le miroir mobile, baigne encore le corps de nos mémoires blessées.
 
Qui a volé nos azurs et nous a jetés dans ces aplats desséchés.
Nos cœurs dans l’estran crient, appellent le mascaret.
Qu’il vienne laver de tout maux l’écorce brune qui nous sert de peau.
Vibrez, vibrez dieux fous,
Enfouis sous la terre comme enterrés vivants.
Que vos chants crachent l’effroi
Et chassent la terre creusant un détroit.
Là nous danserons dans la tranchée
Et nos habits pâles onduleront comme l’écume.
 
Tout ceci ne sera qu’illusion,
De folles agitations.
Soulevant la poussière, remuant les tréfonds;
Et quand nos corps épuisés
S’effondreront comme les vagues sous le poids de leurs couronnes argentées.
Nous observerons la sueurs palpitante à nos fronts, merveilleux linceuls, derniers embruns .

 

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Landes


Je te suis gris chemin,
Tracé rectiligne
Fait de sable et d’aiguilles de pins.
Des traces de pas, les signes
Laissés par d’autres cheminants,
Arpenteurs du néant.
N’est-ce pas la destination?
Ces allées d’arbres morts,
Ne mènent elle pas au rift de la raison, plongeant dans la folie,
À l’enfer et ses contreforts
Où se lamentent les impies.
 
Au Rift de l’esprit
Où la raison est si mince qu’il y perce la folie
 
Ici les étoiles dans leur chute
Ont soufflé la vie.
Quelques solitaire se dressent  encore, en sursis,
Mats forestiers, symboles de lutte
Bravant l’océan de fougères orangées
 
Landes blessée,
Je photographie ton bois déchiré
Que les forestier ont entassé comme des autels.
J’y dépose quelques vers,
Végétales, fait de bruits indistincts,
D’écorces murmurant au matin,
Pour honorer ta beauté singulière
Presque irréelle.
 
Frère de sève,
De votre linceul sont fait mes rêves .

 

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Logroño


C’est la fête aujourd’hui,
Tes rue sont remplies de bruits.
Les hommes enivrés,
Les femmes dénudées.
Katerina et Su piétinent tes pavés,
Et leur joie non feinte
Finit de m’achever.
La mienne s’est éteinte faute d’étreinte.
Serre bien ton foulard,
Soit du vin un buvard,
Et roule avec moi la tristesse
Dans quelques lieux isolés.
Au matin sans allégresse
De Santiago je reprendrai la chaussée.
 
Logroño, Logroño,
Tes rives en fête
Ne reflètent que mes os.
 
Logroño, Logroño,
Moi l’amant obsolète
Je veux rejoindre Mathéo.
 
Hier soir encore
J’ai croisé un mort,
De la foule invisible,
De mon corps indivisible.
Cela fait des mois
Que nous sommes à l’étroit.
Tous deux marchant du même pas
Celui des ladres dans l’attente du trépas.
Seul les nuages peuvent encore m’apaiser,
Sans doute sont ils nés de mes larmes évaporées.
 
Logroño, Logroño,
Je ne suis qu’une silhouette
Sur ton cours triste radeau.
 
Logroño, Logroño,
Voilà que je m’apprête
À rejoindre Mathéo.

 

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La meute


L’homme droit et pâle,
Comme un cierge dressé brûlant,
Se consume lentement,
Dans le tourbillon roux des meutes de cyons.
La chair s’arrache en lambeaux vermillons.
 
Épais, l’air vibre d’un long râle.
Dans la gorge pousse, de la mort les bourgeons.
Bientôt le cri va s’éteindre,
Étouffé par les mortifères éclosions,
Laissant surgir d’horribles visions;
La horde aux babines rubis célébrant le festin.
 
Le bruit des os sous les crocs canins,
Attirent les rapaces en quête de butin.
Oiseaux et chiens cohabitent sereins.
Au sol l’humain est devenu carcasse.
L’animal en forme noire s’amasse.
Les yeux en faisceaux sauvages,
Captent des cieux la clarté
Et brûlent les ténèbres en cruel foyer.
Les bêtes, avec acharnement,
Détruisent les preuves du carnage.
Mâchent et mâchent encore, méthodiquement.
 
Du malheureux il ne reste rien,
Si ce n’est le sol de sang déteint.
Au-dessus défilent les légions molles,
Complices muettes des dholes,
Oblitérant la lune,
Sans pitié aucune.
 
La steppe à nouveau s’est tue.
La mort dans son silence accru.

 

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Qui m’aime me tue


Où sont passés les bêtes ?
Les nuées ?
Les nuage, les forêts ?
Les mélodies secrètes
Qui au petit matin s’élevaient ?
Ces chorales de plumes éparses, à l’abri dans les feuillages.
Ces visions fugaces qui se jettent à mes yeux
Ont elles existées? Ces mots charmants
Sonnent-t-il vraiment?
 
Il n’y a plus rien.
Un tunnel obscur où s’enfouissent mes sombres augures.
Un trou profond où crèvent mes pulsations.
À bout, à bout ! Mais quand tout ceci prendra fin?
Dois-je encore errer longtemps, lutter face aux néants qui emplissent mon âme?
À marée haute la peine!
Amarrés les drames!
La tête souillée de noirs engrammes.
 
Ma terre à moi est hadéene.
Des cimes de ténèbres s’élèvent,
Cimes de désespoir et d’obsidienne.
Horizon obstrué sans rêve.
Le souffle des vents qui glace et brise le vivant.
La croûte grouillant charnier
Happe et draine le corps de toute volonté.
 
Pourquoi vos yeux ne voient pas l’horreur
Qui gît la dans mes membranes palpitantes?
Ces lames qui pénètrent mes viscères, me privant de sommeil ne me laissant que la torpeur.
Ma voix hésitante chargée de larmes.
Mon visage creusé, les yeux travaillés d’agonie, mes lèvre en quête de poison, d’un bref répit.
Mes mains chargées de plaies invisibles, le dos voûté sous leurs poids.
La misère de mon être contenue à l’étroit.
 
Où sont passés les étoiles ?
Les embruns ?
Les mirages, les beautés ?
La passion primordiale
Qui poussait dans mon cœur ?
Cette force qui nimbait mes sens et les enivrait
Me poussant dans l’enfance a créer, à aimer.
 
Je n’ai plus rien
Que la peine en crue.
Qui m’aime me tue.

 

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Sombre empire


Au travers des aplats souillés,
Dans les forges noires de la pensée,
J’irai!
 
Dans les profonds où le souffle s’éteint.
Là où de souffre et de cendre se chargent les embruns.
Sous les croûtes basaltiques,
Là où chauffent les cheminées mégalithiques.
J’irai!
 
J’irai souriant, affronter la colère du sombre empire.
Celui qui se tapit dans la gorge de l’homme en train de gémir.
Celui où danse les succubes,
Au-dessus des maccalubes.
 
J’irai,
Dans ces sombres tranchées
Brûlantes et moites,
Survolées par de chimérique nuées
Plongeantes pour déchiqueter les malheureux
Enchainés dans les coursives étroites.
J’irais, battant poitrine
Faisant fi des démons odieux
Aux horreurs vipérines.
 
J’irai sous les arches cyclopéennes
Là où sans mesure le mal étend son règne.
 
J’irai dans les cruels précipices
Où hurlent les damnés mis au supplice.
 
J’irai, j’irai au bout des nuits.
J’irai battant tambour
Jusque dans les brûlants fours.
J’irai armes aux poings,
Prêt, prêt à crever comme un chien.
J’irai pour y arracher l’espoir
Et à nouveau, à nouveau cueillir les fruits
Débarrassé, enfin, de cette tête comme un mouroir.
 
Ivre vivant !
Éveillé vibrant !

 

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Insoumis


Au cœur de ténèbres épais, sales, bitumineux,
Engorgés d’obscur, suffoquant, fiévreux.
Les yeux creusés, noir de poix.
La chair nue baignant dans le froid.
 
Aiguisez vos serres impures, ombres!
Mes flammes déchireront vos voiles sombres.
 
Sous le joug de cieux belliqueux
Revêtant leurs mailles, de lourds nuages gris en cascade
Ornant leurs fronts de guerrières mascarades.
Crachant des typhons, oblitérant les horizons.
 
Sortez vos lames en foudre, Azures!
Mes traits perceront vos armures.
 
Jetez aux pieds de corybantes,
Une foule compacte de corps tourbillonnants en une danse démente .
Masse ignoble se fouettant d’épines
Chantant les cités de platine.
 
Agrippez moi, enivrez moi de vos voix pleines d’idolâtrie!
Enveloppé de zéphyrine, je vous traverserai insoumis.
 
Invaincu je foulerai ce destin cruel!
L’espoir vacillant.
Le verbe chevrotant.
Porté seul par mes rêveries charnelles.
 
Insoumis!

 

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Ma nuit


La nuit pâle en dehors
Étendant son lustre gris
Sans effort
N’est qu’une farce!
Regarde en moi, déesse Nyx,
Contemple les ténèbres qui émanent,
Cette brume lourde, noir d’onyx,
Qui prend mon buste et mon souffle entame.
Dans ce gouffre morbide où tu aimes contempler,
Tu vois ton ouvrage infécond
Siéger en moi comme en un palais.
Ce que tes dons divins n’ont jamais su accomplir,
Mes tourments n’ont aucun mal à le bâtir.
Un noir si profond qu’il dévore
Matin après matin me clouant au lit,
Digérant mes efforts,
Semant de serments de mort,
Noyant les rêves dans l’oubli,
Donnant aux cauchemars un corps pesant
Agrippant mon souffle, l’affaissant.
 
Mon regard porte tes enfants.
Ils perlent en gouttes de mes paupières,
Mes yeux cernés, deux lourdes civières.
Voici le désespoir riant qui s’y prélasse
Usant mes nerfs, les mettant à vif.
La langueur à ses côtés
Poussant par ma bouches des soupirs plaintifs.
Vous voilà bien installés; comment vous chasser?
Je n’en sais rien, hélas!
 
Mes nuits sont vaines,
Sans repos.
Mon corps agité dans l’ébène
De ce récurrent tombeau,
Griffe le velours en bandeaux
Qui tombe en épais lambeaux.
Nul effort ne fait faiblir
Cet obscure implacable dont je ne peux m’enfuir.
 
Dans ma tête déjà ton royaume déborde
À l’assaut des jours.
Le soleil s’est éteint dans un bruit sourd.
Le monde est envahi par tes hordes.
Déesse redis-moi ton nom,
Ma mémoire se meure
Étouffée par tes liens.
Seules mes mains tremblantes se détachent sur l’horizon.
Aveugle, sourd et muet,
Je sens ma chair dévorée par quelques chiens.
Bientôt je ne serai plus ton serviteur,
Enterrée avec moi, tu retrouveras ton foyer souterrain
Et mon âme asséchée, la légèreté d’un cœur distrait.
 
    Sans tes yeux pour apaiser mon chagrin
    Sans tes bras sur mes reins
    Sans tes rayons au matin
    La nuit, la nuit; la nuit! A-t-elle une fin?

 

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