Brouillon poétique 9: Couronnement
L’Ange
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Gisla
Les Chambranles
Le temple
« … et le temple se hissait fou, gravissant les cieux d’or et de marbre, d’albâtre et de lapis-lazuli. En un grand mouvement, il avait pillé la terre et tous ses trésors, ne laissant aux hommes et aux bêtes qu’un paysage macabre. Le bâti autolâtre dans sa folle ascension siphonnait la moindre énergie, asséchant tous les biotopes, ne laissant que des territoires exsangues. La foule du monde restait incrédule. Comment ce simple culte de la consommation avait-il pu vampiriser toutes les religions ? La foi en les choses les plus élémentaires avait été assujettie à la forfaiture du toujours plus. L’Amour même n’était plus qu’une caricature vulgaire; des couples branchés, liftés adoptaient à tour de bras, pastichant l’universalité pour quelques couvertures de magazines bon marchés. Certains avaient tenté de donner l’alerte mais les prophètes cathodiques étaient bien trop sonores. La raison est bien moins bruyante que la folie et, nous autres, dans notre insatiable faim délirante, nous gavions à chaque dessert d’un grand bol de déni. L’on aurait bien pleuré face à ce monstre qui déjà consumait les derniers rayons de l’astre solaire, mais nos glandes lacrymales n’avaient même plus assez d’eau pour ça. Hagards, en phase terminale d’autophagie, encore une fois, la créature avait échappé à son maître. Mais cette fois c’était la dernière, déjà l’on se regardait bleuir par manque d’air. »
Noir brûlant
Noir Brûlant, issu du recueil « De force et de vivres »
« J’ai vu un noir brûlant. Un sombre Éden choir de son astrale contrée. L’Éther s’est mis à trembler, pris de spasmes funestes ; les constellations se changèrent en Titans qui, en s’écroulant, déchirèrent le tissu même du céleste monde. L’humanité, en un geste commun, se mit à genoux sous le ciel non éteint, mais tout simplement disparu, remplacé par un indicible néant. Toutes mains tendues, en une sonore supplique, elle appela au secours. Même la plus profonde des nuits aurait pu soulager les yeux des blessures de l’absence. Immense, immense absence; l’espoir semblait interdit. Dans le cœur des Hommes, le bien et le mal avaient perdu leur éternelle balance. La mort et son imminence hantaient maintenant les actes de chaque bête. Toutes s’entre-dévoraient. Nulle ne pouvait voir, mais le bruit de la chair que l’on mutile se mêlait aux cris de désespoir, aux persistantes prières inutiles, dessinant un horizon vibrant de toutes agonies.
Éclairé par le phare de ma folie qui enfin brillait dans son élément, je vivais à grands feux comme si l’obscure de mes entrailles s’était déversée partout, entraînant la vie et ses pantins, les agglutinant dans mes failles. Habituellement seul dans mon trou d’ombre, mes frères, rejoignez enfin mon trop plein d’horreurs ! Enfin unis aux nombres, dans un vivant charnier aux effluves de sang et de sueur. Le sourire aux lèvres, je me délectais de cette déliquescente humanité. Tous fous, pleins de morbides ardeurs. Tous fous, l’extase des os craquant sous les coups. Tous fous, raidissant dans la nudité de l’âme qui a perdu toute lumière. Tous fous ; tous fous, un ultime instant, et puis, et puis tout fut. »
Ziwiyé
« Ziwiyé »
Vêtu des ors de ziwiyé j’incline au blanc de la vigie penchée. Les flots colorés ruissellent de mon ciel dégagé, mon ciel si clair découvert à la lumière des éclats pastel de Pérouges et depuis, sans pause, déroule d’un souffle, pensées rêves et chimères menant de Catane au mont Olympe aux champs dormants sous les pins enneigés aux feux des nuits de Prague endormi. Ou vallée ou sommet ou des rimes et des sonnets du cœur vaincu; je bat d’une voix seul soliste chœur les monts intérieurs et mène leurre-mots l’inconnu lecteur au son sans dessus de sens de mes tardives heures. Tend l’oreille, le glas toujours sonne dans les monts intérieurs, je fend merveille d’un pas las pour y semer au détour mes démons intérieurs.
The sailor that craved
The trees were bright.
Your face full of lights.
I felt the thrill
Rolling down the hill.
The clouds were sailing fast
Above the high yellow masts.
The forest flooded by a silver tide,
Here you came my lovely bride
Carried by a silent wave.
In a breath, I touched the crest.
From the pain, you brought me some rest;
As a sailor, you made me brave.
Nude, in this lair made of bark,
You muted my thoughts full of dark
With a joyfull thunderclap.
I was drunk, full of a lovely sap.
A gaze to a broken trunk,
My sadness quickly sunk…
…As quickly you disapeared.
The sky, deep, blue; dull.
The soil still moist.
After you, everything is lost.
Please birds, be gentle when you bury my skull.
Sans mesure
Rendez-moi les routes d’Espagne!
Rendez-moi les bois nus
Où la peau se mêlait à l’écorce.
Rendez-moi cette joie en amorce,
Les déroulantes des campagnes
En ronde-bosse jusqu’aux étreintes attendues.
(Rendez-moi) l’ignorance,
Les corps toniques de la romance,
Ce temps sans mesure,
Sans usure…
Rendez-les-moi, à vos pieds ; auguste, vulgaire, divin, je rampe moins que rien.
Face au destin inique, je n’ai pour arme que ces suppliques.
À vos pieds, auguste, vulgaire, divin, je rampe presque éteint.