Un jour


Si un jour tu as besoin
D’un vaisseau
Pour traverser les eaux,
Loin des abris sereins,
Les eaux, aux brisants d’acier,
Aux roulantes tourmentées,
Je serai là, arqué,
Tout prêt à recueillir ton souffle usé,
Ton corps mutilé.
 
Dans mes yeux, nulle blessure, nulle usure ne pourra te désenchanter.
 
Si un jour l’envie te prend
De sillonner, au rythme des pâles informes,
Sur les routes silencieuses bordées d’ormes,
De faire bouillonner l’aventure dans ton sang,
Je serai là, prêt à te porter
Aux travers des sentiers
Que pour toi j’aurai pavés de mots:
Ceux du monde sauvage,
Des hurlements, des hululements,
S’élevant des forêts, en mirage,
Ébruitant la beauté, en écho,
Par vagues, au loin, l’espace se dessinant.

The gaze


One of your staring gaze
Minus, from all the stars the glaze.
Your deep beauty is like a maze
Where all lovers wander.
Spring of all wonders
Our everlasting craze.

Allows my sources
To stay on the course
Of my burning passion,
To make you part of my poetic horizon.
I will stand on the prow of my verse
And sail your body as my whole universe.
For me, no more such things as discovery.
In the worlds, without you, only left the ugly scenery.

On the Camino,
I found, my Santiago.
So listen to my vow,
Lets me crown you with my kiss,
Lets our hearts be full of bliss,
Let’s try a love without dismiss.

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Amer


Mon amer,
Montre-moi la voie
Vers tes terres.
 
Aux abois,
Tenant fermement les cordages,
Épuisé, je cherche un mouillage.
 
Sans tes bras
Jetés à la mer,
Je finirai, à grands fracas,
Brisé sur un affleure.
 
Sans tes yeux,
Vidant l’amer,
Je crisperai, anxieux,
Mes poings de rancœur.
 
L’écume furieuse
Me crie haut et fort :
« Ces rives lumineuses
N’ont plus de port. »
 
La houle soulève alors ses puissantes vagues
Et perce la coque par de sifflantes pointes, comme des dagues.
Mon corps jeté au froid,
L’eau me mutile et me noie.
De la côte, tu lances une bouée
Mais tu ne seras jamais ma Gaud.
 
Soudain, les éclats terrifiants se font émeraude,
La mort m’apaise par son chant,
Je me laisse couler doucement,
Pour mourir au fond du monde inondé,
À l’abri de tes cruels reflets.

Hay


Here on the way
I wish I could stay
Under the shades of hay
Living again and again the same day.
 
A day of simple rhyme
Growing in my palm,
Slowly, at the rythm of our lovely time,
Flooding my hearth with your charming smile
 
You are the inspiration of all sunrise.
Light dwell in your eyes.
So please don’t blink
Or horizon might shrink,
And all life will slowly die,
Without you, our beautifull sky.
 
I was a pilgrim
With a soul full of grim.
My words were dry
And all singing birds seemed to cry.
Now with you by my side,
I’m full of joy,
Like an artist who found a muse as a bride,
And maybe in your hands I’m just a toy
But I do not care,
For a kiss I would pay any fare.

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Lésions intimes


Souveraine, j’accepte ton joug,
Je me plie à tes goûts.
Me voilà, avançant à genoux,
Oublie en moi tes dégoûts.
 
Je te deviens lieux de plaisance,
Lieux d’aisance.
J’irai boire, à tes lèvres, les fluides ambrés.
Tu baiseras ma chair, par tes mains, tuméfiée.
Ma bouche, comme des babines,
Laisse-moi jouir sous ta badine.
 
Nous suivrons les tracés malsains,
Pour se réveiller amnésiques au petit matin
Et lire, dans les yeux l’un de l’autre, nul jugement,
Juste le regard complice
De deux êtres, au bord de l’écœurement,
Entaillant ensemble ces tracés trop lisses,
Qui grèvent les ivres vivants,
Les êtres trop concupiscents.
 
Viens explorer la folie,
Longer les rebords de l’esprit.
Laissons derrière nous la morale et la bienséance.
Mêlons-nous aux bêtes qui jouissent d’inconscience.
Médusons les regards d’inconvenance.
Brisons les liens tissés par mille siècles civilisés,
Frayons tous deux en quête d’instantanéité.
Le plaisir en éruption,
Gorgé des liquides de notre humanité en sédition.
 
Nous finirons détruits,
Sans plus aucune illusion
Ni vœux dérisoires.
Deux êtres éprouvés, trop épris,
L’âme usée de multiples lésions,
Mais la tête héroïque d’érotiques histoires.

Un bonheur discret


Un voile bleu de givre.
Un cristal pur.
Éther en épure.
 
Mon azur dérobé,
Ne cligne pas des yeux que je puisse m’y réfugier,
Caressé par les merveilles marines,
Portant tes pupilles,
Ce paradis où dansent les Océanines,
Où se reflète tendrement
Mon cœur en guenilles.
 
C’est de ton souffle que sont faits mes soupirs.
Dans le silence, sans m’éconduire,
Tu continueras, en prêtant peu d’attention,
Par tes mouvements discrets, à entraver mes rêves faits tout entiers de tes contours.
Mon paysage onirique
À jamais marqué de ton corps impudique.
Je t’en prie, porte-moi secours,
Laisse-moi poser mes yeux vulgaires
Sur tes traits ivoire.
Laisse-moi, un instant, effleurer ta chair,
Accrocher ma vie à tes doigts en dévidoirs.
File-moi sans répit,
Foule-moi, foule-moi en terrain conquis.
 
Ma Polyphonte, je percerai tes aigreurs et adoucirai ton cœur, loin des hommes sous le joug, mêlés aux bêtes, je t’apprendrai les jours, et là où tu me sais vaincu, tu m’y découvriras seigneur.
Viens avec moi, dans mon doux royaume que l’on nomme amour, je t’en dévoilerai les secrets, les milles détours.
Ensemble, nous traverserons le monde, pour sortir des bocages et des futaies, cherchant, sans boussole, les sauvages contrées pour y bâtir un bonheur discret;
Et si, pour moi, il n’y a nul demain, je m’en irai, à jamais porté par tes yeux céruléens.

Apostât


Viens, lâchons la bride.
Tu seras mon jardin des Hespérides,
Je viendrai cueillir tes fruits, avide.
Nos deux corps enlacés, fantastique hybride,
Partons à la découverte des vices et de leurs vertus.
 
Glissons-nous sous de larges fûts,
Que l’on s’avine.
Dans l’ivresse, je jouirai de tes courbes alvines,
Les explorant de caresses,
Remplissant ta coupe de tendresses.
Buvons, à nos lèvres, délicats calices.
Filons les heures au gré de nos caprices,
Et sous le couvert de la nuit complice,
Laisse-moi profiter de tes délices.
 
Je le confesse, de ton corps,
Me voilà un désireux impénitent.
Hérétique amoureux de ton bûcher d’or,
Brûlant de tes mains, dans tes effluves suffoquant.
Garde-moi contre ta chair cupide
Et je me ferai apostât intrépide,
Reniant la faim, la soif, la joie,
Pour ne vivre que de toi.

Le luxe de mes nuits


Une beauté, en équilibre,
Emplie de crépuscule.
Le jour et la nuit, en une parfaite bascule.
Le noir et le blanc, dans un ballet libre,
Entre l’été et l’hiver.
Flambent les cimes et se dorent les rayons,
La nature maquille sa toison
Pour mimer tes airs,
Nimbés de profonds mystères,
Qui aux profanes peuvent sembler amers,
Mais se révèlent aux êtres attentifs et patients,
À ceux qui t’observent dans le silence des amants,
Pleins d’ardeur camouflée,
Comme un tigre tapis dans les fourrés.
 
Entre lumière et ténèbres,
Tu gis nue en commissure,
Un astre tiraillé de forces égales
Au charme secret comme d’anciennes écritures;
Et quand tu découvres d’écarlates pétales,
Les contraires t’enlacent et te célèbrent.
 
Tu es le luxe de mes nuits,
Mon euphorie.

Un geai danse


À mes doigts, danse un oiseau bleu,
Sifflant gaiement, frétillant, heureux.
Sa silhouette bouge,
Il prend vie sous ta gouge.
Son plumage vibre de tes traits.
Cette attaque de la gravure
Si particulière, fébrile, légère.
Des gestes empruntés aux volières,
Mouvant en incision sûre.
Dessine-moi en d’autres, une nuée.
Il était d’acier; maintenant,
Couvre mon horizon de geais.
 
Leur vol, en ondes,
Dans les cieux cheminant,
Bercera mon monde
De leurs doux battements;
Caché sous les ailes lapis-lazuli,
Se devinera ton visage chéri.
Je contemplerai ainsi tes traits charmants.
Nulle douleur ne pourra alors m’atteindre
Si ce n’est celle de ne pouvoir t’étreindre.