Chère inconnue III


Chère inconnue, de passage parmi les hommes, je vous ai croisée au cinéma. L’hiver enveloppant vos charmes d’étoffes chaudes, j’étouffe un soupir et murmure dans votre dos une ode. Rien ne m’émeut plus que l’amour en aube chassant du cœur l’amer d’une ancienne mue, crue sanguine parcourant l’échine, celle que l’habitude courbe d’usure, se déploie d’émoi et la joie jaillit, vive au visage, nouvel amant naissant roi. Mais, à peine par vos yeux couronné, me voilà de désir sans espoir consumé. Les silencieux couloirs me jettent à quelques rangées de votre corps. Le noir percé d’éclairs, scène après scène, je nous rêve nus ensemble dans un obscène charnier. Je suis bien désolé, l’amour n’est pour moi qu’un instrument pour me déposséder. Je me jette aux seins pour y finir crucifié, dans les reins brisé convulsant comme le communiant pris de transe sous les rayons colorés qui coulent entre les plombs. De plomb, de plomb, empêtrés, vous voilà par l’issue libérée. La bobine a fini son œuvre et moi je reste dans les ténèbres accrues de votre absence.

 

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Chère inconnue II


Chère inconnue je reviens près de vous, mes mots rampants à vos pieds, teins d’émaux d’émotions gonflées par un lyrisme suranné. En vert et contre tous, je brûle d’un grand feux, cœur foyer pris par l’amour fou d’une vouvoyée qui dans les ramures de mon esprit ne cesse de louvoyer, une insaisissable semant brasier. Vive sève fuyante, explose en bouquet de rouges bosquets, tons d’automne retrouvés je porte toujours le fardeau de celle qui vous a précédée. Alors je vous en prie cédez à l’appel de mes lèvres meurtries, des cris d’écrits sans saveur, syllabes brèves jetées à l’air. Mes yeux postés sur la jetées cherche chair comme la vigie cherche terre. Mes hiboux en mouettes me guident aux creux des sylvestres vagues faites d’ennui… Même les lettres s’épuisent, s’amenuisent, la nuit se fait profonde et étouffe vos flambeaux rubis, sans d’autre bruit que celui des bris de mon âme sous vos pieds. Ô perfide sylphide invasive à mes rêves, à mon réveil évaporée, vos promesses serpentines percent dans le poreux de mes rétines et me laissent en blesse tout le jour. Joug d’amour sans secours que celui du sommeil où je sombre sans volonté pour chérir en songe celles qui m’ont abandonné.

 

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Chère inconnue I


De rose vêtue,
Ma violette, ma reine muette,
Tu as fané me yeux.

Chère inconnue, je vous dérange et je m’en excuse mais au monde sous une de ses secrètes franges, une apparition a fait sonner son verbe étrange, l’évidence dévoilée, ma muse porte vos reflets. Dans la nuit sans doute sentez-vous s’effacer votre beauté, c’est que doucement je vole vos traits dans mes vers, fait d’horizon en face B. Mes mots sans ruse ne font que suivre des séraphins les instructions. Ici, sur le vierge des terres, j’entame en gestes doux la construction d’une tour empruntant la grâce de votre cou. Au détours d’un rêve je vous y attend, tressant poèmes visant sommet sans compter à en perdre pieds. Sans vous j’ai perdu le goût des mots tenus, j’ai perdu goût. Les jours s’éveillent successifs et plaintifs, pleins d’à coup en germe, portant des coups d’estocs par mes larmes émoussées. L’hankou dort à mes côtés, je crains de périr sans vos baisers, je tiens cœur à ma tête blessée mais pressez votre pas amante rêvée.
Dans ma cache sans relâche, je creuse, mains nues, la croute aurifère pour nous tracer belle route au cœur des sommeillants mystères.
Même si les longues heures accumulent le gris, le gris des jours sans vous, je chante épris à la croisée de nos chemins pour pousser un crépuscule plus loin mon languissant destin. Demain, demain je vous étreins ou je m’éteins.

 

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