Duo


Meule l’air de tes mains agitées.
Le souffle, rapide.
Bats cette présence voilée.
  Dans ces volutes invisibles se cache la liberté!
Le regard avide.
 
Se dresser contre chaque seconde.
S’indigner, contre l’absence.
Vivre une vie de fronde.
  Deviens l’abîme d’espoirs que rien ne sonde!
Se révolter, contre les nuisances, l’impuissance.
 
Déploie, déploie tes bras en ailes,
Ivre crècerelle.
Chaque pas un vol,
Chaque expiration,
  Un cri contre la vie molle!
Vivre, vivre de passion.
Toujours féroce, à l’assaut de l’ennui et de ses bastions.
Les poings serrés, empourprés, pleins de déraison.
  Entre tes paumes, ton cœur, en floraison!

 

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Gris pourpre


Gris pourpre,
Embrasse mon ciel.
Tire tes traits blancs,
Enlaçant l’azur comme des bras aimants.
Couvre tendrement ces maisons individuelles.
Petit terrier cubique,
Rouge brique,
Où l’on se cache
Nous autres, petits êtres,
Petites ombres,
Grouillant en nombres.
 
Que je t’envie frère de la grande bise.
De ton destin tu es maître.
Sur la terre jamais tu ne t’enlises.
Dans l’infini tu t’étends,
Tandis qu’au sol,
Mon cœur se brise.
J’erre dans le schéol,
Bien plus mort que vivant.
 
Abats-toi sur mes pas
Comme le loup bondissant sur sa proie.
Remplis mes yeux de néant.
Vides mon âme de ses tourments.
Que ton corps gonflé de trombes,
Devienne ma cotonneuse tombe.

 

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Ami des grands feux


Mille bâtis,
Écrasés par un seul roulant nuage.
Seigneur porteur de brillantes images.
Sans poids,
Pourtant si pesant sur nos paysages.
 
Prêtez moi votre doux mors,
Indolents régnants,
Cavaliers célestes,
Ignorants les terrestres lests.
Comme vous je veux me laisser porter par le vent.
Dériver paisiblement sous le disque d’or.
Faire couler mon ombre sur la pierre.
M’étendre sur l’horizon,
Et croître tel le lierre.
 
Messagers du Zéphyr,
Compagnons du Levêche,
Apprenez moi à voguer sans ire,
À filer silencieux comme une flèche.
À gonfler dans le ciel
Pour me teinter d’éclats sur-réels.
 
Je me ferai léger,
Aérien,
Élève appliqué,
Fils éolien.
Vous me porterez alors
Auprès de votre Père,
Le grand jeteur de sorts,
Maitre de l’éphémère,
Amis des grands feux.
 
Enfin, je me soulèverai loin des hommes
De leurs vaines audaces,
Des foules envieuses et lasses.
Pour caresser les dieux.
Entouré de mes nouveaux frères, dans les légions d’iridium.

      ••••••••••••••••••••••
      Êtres pétris
      De vaines audaces,
      Persuadés de déjouer le temps;
      Au-dessus des bêtes, en roi,
      L’homme s’agite, remue la terre,
      Couvre son corps de platine et d’or
      Et défile tout gonflé, si fier,
      Oubliant toujours son ultime sort.

 

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Vifargent


Vifargent
Déploie tes éclats dans ce tunnel languissant.
Brise son tracé toujours en avant,
En ouvrant par tes traits des brèches aux rêves scintillants.
Tes ailes sublimes envolent la monotonie,
Celle des pas qui tapent sans force le bétons vieilli.
Rayonne au front de ces vive navettes
Qui défilent sans fin en sifflant à tue-tête,
Où tournoient d’étranges girofards aux oranges cinglants.
Flash en vrille les muets qui attendent patiemment.
Joue, joue dans l’espace contrit.
Vol, étend toi de toute ton envergure.
De ta silhouette magnifique je suis épris.
Ton sillage aérien transforme les murs
En prismes, mille reflets excentriques.
Le chemin s’orne de pampilles impalpables
Qui caressent pourtant nos visage de gestes discret et aimables.
Fuse la joie dans des éclats de rire et des sourires extatiques.
Le monde pendant quelques secondes, quelques instants, s’est ouvert bruyamment
Plein vie, les regards saturés de désirs ardents.
Jouissance, arrache moi Vifargent.
Puissance, emporte moi héros brillant,
Dans tes trouées magiques
Où les hommes et les femmes retrouvent leur nature primordiale, magnétique, agitée, sismique.

 

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Sans berger


Nous sommes seuls,
Livrés à nous mêmes.
Ignorants comme nôtre aïeul.
Terrifiés au fond des nuits.
Craintifs dans les rayons blêmes,
Fuyant face à la vie.
 
Coiffant l’immensité ; nul berger.
Un vide, le néant,
Un espace sans fin livrant nos imaginaires aux tourments.
Un fossé où s’éteint la pensée.
 
En quête de sens, de symboles,
Érigeant des églises aux splendides coupoles,
Dessinant des croix,
Scrutant aux sommets des beffrois…
 
Il n’y a rien, rien du tout.
Rien que nos semblables luttant comme des fous,
Remplissant des charniers,
Allumant des bûchers,
S’entre-déchirant pour des idoles.
Les poings brandis furieusement,
Prêts aux exactions les plus folles,
Aveuglés par le sang,
Égarés par les écrits,
Pleins de haine et de mépris.
 
Où sont les sourires qui embellissent?
Les rires de joie complices?
Les chants calmes des bienheureux?
Les amants d’un soir fiévreux?
Toutes ces promesses qui ont pavées mon enfance
Me laisse aujourd’hui comme un adulte en souffrance.
 
Accueillez moi routes et chemins, laissez dérouler mes doutes sur vos tracés sereins. Au rythme de mes pas, chargés d’errance, l’esprit en déroute. Soyez mes complices silencieux, porteurs muets, voies terrestres reculées, mes semelles résonneront sur vos fuites sinueuses.

 

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Traqueurs de splendeurs


Sous les édifices étirant leurs ombres lasses.
Dans les dédales urbains fais de crasse.
Entre ces épaisses cloisons
Obstruant nos horizons.
Nos esprits, retenus; endigués…
Marchons, sentons nos pas, tranquille marée;
Sentons naître la force loin des tracés.
En marge.
Guidés par les courants telluriques
Invisibles spectres magnétiques;
Au large,
Portés par les crêtes marines
Chevelures mobiles de merveilleuses ondines.
 
Devenons ces fumées dérivantes dans la haute voûte,
Ces nuées battantes traçant de folles routes,
Ces trajectoires éphémères
faites d’incandescentes poussières;
Et dans nos sillons,
Toujours mus par la liberté et son aiguillon,
Semons, semons les beautés d’une vie de filature.
Traqueurs de splendeurs
Obnubilés, pleins d’ardeurs,
Époumonés d’air pure.
Amants éperdus.
Chevaliers nus.

 

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Je veux rester fou


Je veux rester fou.
De traits en traits barrés
Croissent en moi le rou-
Lis de Mai tapissez, tapissez.
Sous mes pieds clous et écrous
Accueillent ma plante et se plantent.
Quel est ce liquide qui s’écoule de ces trous?
Vers toi j’erre
En trace rouge.
Ire divine, meurtris ma chair.
Frappe d’arcs diamantins que plus rien ne bouge.
Saccadé.
Désossé.
Les rue froides reçoivent à pleins néons
Mon front qui déverse,
Peuple d’Hélicon,
Ma tristesse mêlée d’ivresse,
Habillant le béton en chemin
D’épaves merveilleuses,
Celles de mes muses en orpailleuses.

La folie qui prend mes gestes,
La folie devant mes yeux,
Est une trouée où chante bienheureux
L’enfant que j’ai été et ce qu’il en reste.
Je veux rester fou!

 

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Les ladres en rayons


Sous le feu journalier des tribunaux qui se dressent en herses.
Attaquer de toutes parts par des idiots qui mutuellement se bercent
De leurs pensées immobiles, heureux sous le joug stérile,
Se disant athées, libres penseurs mais vivant toujours dans l’ombres des idoles.

En escadrille ils frappent ceux qui marchent d’un autre pas, qui mûrissent des idées folles.
Ceux qui embrassent la vie dans sa nature absurde,
Ils les jettent au lazaret, les punissent, les privent les isolent.

Mais ces monstres, ces chimères, fait tout entier de la même chair, sans aucun doute de nous tous les frères.
Ces ladres en rayons que l’on tente d’incliner,
Percent le monde, indomptés.
Se brisent comme les vagues en myriades de joyaux.
Se répandent merveilleux, incandescents tels des astres effondrés,
Vagabonds célestes, sans maître ni geôlier.

Nous aurions beau les frapper, les réduire en lambeaux, les traîner aux tombeau,
De nous tous ils resteraient les plus éloquents,
Vifs comme un feu aux broussailles, ardents.

Laissons voguer ces êtres étranges,
Toujours à contre-courant,
Le regards perdu dans le néant.
Ils sont nos flambeaux dans les nuits.
Ils sont nos vœux jetés aux puits.
Ils sont le temps qui change,
Le temps et ses mille détours
S’incarnant en des êtres aux discrets atours.
Nos demains, nos refuges
À l’abri de tous juges.
Notre monde en crue,
Garants de toutes les vertus.

 

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Les Endeuillés


Les endeuillés
Ils sont partout,
Camisolés
De noirs dégouts.
Une vie de certitude
Qui empeste la décrépitude,
Qui empeste la mort.
L’ultime comme prémices,
Alors on se drape de précipices.
Sous les plis sombres
Se diluent en nombre
Les rêves, les rêves
Qui nous faisaient Homme.
Pleins de vaillante sève
Se répandant dans chacun de nos gestes.
Précieuse, parant nos moindres foulées,
Enivrantes dans les baisers.
Pulvérisant du quotidien le lest
Pour ouvrir des domaines
Où la beauté de toutes choses était la traîne.
 
Étole d’ombre que je te hais.
Un mot tendre te chasse
Mais l’instant d’après sur le cœur te voilà retombée,
Couvrant l’humanité, la muant en masse,
Indifférente,
Morte avant d’être mourante.
Alors endeuillé, qu’attends tu?
De proie, la serre cueille.
Fais toi oiseaux et d’envol,
Fleuris ton deuil.
Rougis l’étole
De ton cœur invaincu.

 

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La cadence


La foule en silence,
Écoute le chant souterrain.
Ce roulant refrain
S’écoulant dans ces tunnels immenses.
Les lumières unes à unes défilent,
Comme un salut
Donner aux regards stériles,
De mes frères, ombres écrues
Aux mouvements immobiles.
 
Les portes en cadences
S’ouvrent. Fatalement,
L’on avance sans conscience,
Nos voix muettes,
Secrètement
Hurlantes à tue-tête.
Les silhouettes prises
Dans la lumière aux sommets,
Celle du soleil s’engouffrant dans les escaliers,
Transmuant les corps. Les contours s’irisent.
Un instant, j’aperçois la vie sans fil.
 
À l’embouchure
La foule se dissipe.
Les pieds trainent d’usure.
L’humain, en fripe.
Quelques instants encore,
J’imagine vivre un jour
Libre. Je maudis notre sort,
Et sur moi déjà se referme
La lourde porte.
Mettrons nous un terme
À ce dégoût sourd.
Sortirons nous de la morte cohorte?
 
J’en doute.