À la fenêtre


À la fenêtre,
Le ciel est gris.
Je le préfère ainsi,
Nuageux, moucheté de pluie.
Car, quand il déploie son bleu triomphal,
Il me semble jeter sur moi un regard plein de mépris.
Alexandre toisant un Diogène de pacotille.
Écrasé, je me sens prisonnier. Je regarde par la grille,
Le dégradé superbe rit de ma vie en morceaux.
Allongé sur le lit ma pensée rampe alors, au caveau.
J’imagine l’instant fatal.
 
À la fenêtre
La vie murmure.
Un enfant pleure,
La route, quelques bruits de moteur.
Ces sons anonymes et quotidiens,
L’humain en lutte. Elle viendra c’est sûr
La gardienne d’un ailleurs serein.
Alors de mon lit je ravive mon cœur
Des peu d’images heureuses que mes mains ont arrachées sur l’affreux chemin.
Ces images qui me tiennent à flot,
Malgré l’instant chargé d’aigreur,
Je les chéris, elle sont de mes mots;
L’or.
 
À la fenêtre,
Penche toi et tu me verras marcher.
Encore un jour, peut-être plus qu’une minute.
Laisser au sol, de ses pieds,
La trace éphémère.
De chute en chute,
Tenter de bâtir la joie, ou au moins,
Une imitation sommaire.
 
À la fenêtre,
La vie n’offre rien.
Il est affreux le chemin,
Mais celui qui l’empreinte y cueille parfois, de quoi fleurir ses matins.

 

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Sembre


Au loin, les paysages
De collines et de nuages entremêlés.
Ici poussent les flambeaux de vivantes émeraudes,
Hachurant l’horizon. Les oiseaux en maraude,
Ombres des cieux aux contours irradiés,
Amis du zénith, moquent les profondeurs sans âge.
Vipères et loups montrent leurs dents.
Rampe chasseur, jusqu’à ta proie.
En un coup, de perles rouge tu est couronné.
De viscère et de sang,
Te voilà capé.
 
Règne Roi
Sans laisse, de la lutte épris,
Dans ta gueule étincelle de grands bruits.
Embrase le monde de tes hurlement insoumis.
Mon souffle contrit,
Embrasse en silence
Ce chant animal.
 
Quand viendra t’il, mon instant fatal;
Devenir dépouille,
Oublier au fond d’une souille;
En finir avec l’errance.
 
Baise ma chair de tes crocs;
Je n’ai plus la force ni les mots,
Pour surnager dans ces nuits qui m’entourent.
 
Déesses, nymphes, esprits,
Lâcher vos bêtes, je me jette à leurs mercis.
Elles sont mon dernier recours.
 
Mes os craquent, lentement dévorés.
Dans ma gorge, elle bouillonne, enfin libérée.
 
Tiens, reprend ma vie; je te la rend.

 

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L’herbier


Des mots trompeurs,
Maquillage syllabique.
Le monde, déformé, oblique,
Menteur.
Je veux le voir crû.
Sans artifice.
La roche, roche.
Une beauté
Comme un tronc, d’écorce nue.
Un poème, comme le plus simple édifice.
Non pas un couvert au monde,
Mais une loupe pour enfler
De toutes les merveilles les traits,
Capturer les minutes vagabondes,
Les exposer sans apprêt.
De mots, de mots est mon herbier.
 
Je vous le tend humblement,
Rien n’y est parfait.
Entre ces pages la magie et un peu desséchée.
Mais c’est un guide sincère,
Lisez mes mots, mon tracé dans la vie et ses mystères.
Ils ne vous révèleront des monts et des plaines aucun secret.
Mais par mes vers vous pourrez les voir,
En mon âme résonner.
 
Sans doute, jamais mes rimes,
De l’univers ne captureront la vérité.
Tous piégés dans des paradigmes
À l’image de l’homme, imparfaits.
Mes textes sont des ponts à mes frères jetés.
Prenez le temps de les traverser, mon cœur vous attend de l’autre côté.

 

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L’homme aux coquillages


L’homme marche, l’air absent.
Il regarde le sable fixement,
Des yeux il cherche des petits coquillages.
Il les connaît si bien qu’il n’a pas besoin de se concentrer,
Dès qu’un de ses favoris apparaît
Tous les autres s’évanouissent comme des mirages.
Ceux qu’il chérit ont deux côtés.
Pile, ils ressemblent à des oreilles,
Face, à de minuscules voies lactées.
À ses yeux, de véritables merveilles.
Il les appelle « coquillages galaxies »
Ses petits cosmos à lui.
Il les fourre dans ses poches
Déjà bien pleines, prêtes à déborder.
Il redoute tous les jours qu’on les lui fauche,
C’est tout ce qu’il a jamais posséder.
Ni famille,
Ni amis,
Que des guenilles
De sans patrie.
Alors ce petit trésor côtier,
Si patiemment amoncelé,
Il y tient, plus qu’à sa propre vie
Qui est, de toute manière bien morne.
Une longue lutte sans répit.
Un malheur sans borne.
Ses yeux secs comme le sable
À force de faire couler des larmes,
Celles d’une douleur ineffable
Pleine de cris désarticulés, de cris d’alarme.
Le soir, avant de s’endormir entre les dunes,
Ils regardent ses reliques briller une à une.
Ses richesses sont simples et son ventre creux
Mais il regarde toujours le monde d’un regard amoureux.
Voilà sa vrai fortune, l’émerveillement facile,
Même face à quelques coquilles futiles.

 

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Les migrants


Des pas dans le sable presque effacés.
Un migrant était là il y a quelques instants,
Mais déjà au présent il est absent,
Par l’écume sa sœur probablement dévorée.
 
Au milieu des géants avaleurs de troupeaux,
De ces hordes de fous bâtisseurs de châteaux,
Ils marchent écœurés et pleins de sanglots.
Le cœur toujours ouvert
Trop épris de la chair.
Errant à l’oblique des sédentaires,
Qui se lient et oublient de toute chose la nature éphémère.
 
Leurs esprits éparses, doux embruns,
Roulent en tout lieu chantant les paradis lointains.
Modestes radeaux pris dans le tumulte des eaux,
Ils ont pourtant le regard fier d’un vieux capitaine de vaisseau.
 
Éternels amants de la lune,
Ils ne souhaitent souvent qu’une chose,
Se mouvoir dans le vent comme la dune,
Vivre sans attente comme des êtres de proses.

 

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Les Hiboux


Ils pensent que je suis fou;
Mais dans la panse d’un hibou,
Géant,
Je roule en rêve
Et mes mains croassent,
Noirs corbeaux aimants,
D’amour lasse
Travaillent le tourment
En des mélodies brèves,
En poésies idiotes,
Sottes.
Alors enfant,
Toi qui aussi ébauche,
Par des mots encore magiques
Entre tes lèvres impudiques,
Un monde certes un peu gauche
Mais gonfler de merveilleux irréels,
D’outre monde outrancier,
Superposant les voyelles
Et les formes de couleurs bariolées.
Trouve toi vite un gros hibou,
Un oiseau de nuit,
Qui t’abritera dans ses replis
Pour y rester un peu fou,
Épris de fulgurances
Irrationnelles,
De migrances
Démentielles.
Nous volerons tous deux au dessus
De ce charnier tragique
Où les adultes tuent
Leurs royaumes féériques.

 

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Prisme du vagabond


Je marche, le visage figé comme portant un masque de pierre.
Je ne suis qu’une âme vagabonde traînant dans cette cité sédentaire,
Une goutte insulaire perdue dans la vaste Pangée.
 
Le disque d’or, ami de mes errances, se dressant haut zénith en témoin muet,
J’observe la lumière couler en cascades
Et s’écraser sur les pavés.
De couleurs bruyantes, l’invisible cavalcade
Crache au sol, en rebonds sur chaque relief et aspérité,
Des rayons précieux,
Murmures poétiques des grands dérivant aux cieux.
 
Tramways, chiens, passants,
Marchent, vifs entre les bâtisses
Piétinant l’instant.
Pourtant, ici, les secondes tissent
Des beautés impalpables, certes,
Mais monumentales.
Je vous laisse vôtre statuaire inerte,
Pour parcourir les merveilles vivantes et idéales
Que les astres nous jettent comme des
cordes pour nous hisser
Et que la commune ignorance pousse à mutiler sous les pieds.

 

V__DFFA

Exilés


Je suis un homme désossé, c’est sûr.
Exilé.
Les songes, aux récifs du réel
Jetés.
Je crains de mes frères les morsures,
Mais comme une bête amoureuse,
Je garde, les babines écumantes;
Me rêvant dans des bras, bête heureuse.
Mes pattes usées sous les néons,
Ces astres artificiels,
Je scrute la surface du béton.
Aux milieux de vous autres, êtres en série,
Ma meute se cache peut-être et comme moi
Rêve de vénustes abris.
S’aimer en silence aux rythmes des floraisons.
Le coquelicot pour roi,
De jolis rebonds pour venaison.
D’amour simple je suis affamé.
Bête traquée
Je fuis des chasseurs les canons.
Sortez du rang
Les voilà à vos traces lancés,
Dressant de leur monde cruel les fanions.
Ils hurlent tonitruants
« Gloire à celui qui à sa suite, le trainera dépecé. »
Ô vastes étendues encore indomptées
Porter mon appel.
De troncs en nuages relayez ma détresse.
Je hurle seul dans mon terrier
Espérant que l’on me révèle
Un monde où les promesses
Restent pleines de vivacité
Et poussent éprises de libertés.
Un monde d’utopie
Que je nommerai Oniri.
 
À son seuil je le sais, tu attends déjà.

 

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Écarts Ô précipices


Qu’il est beau le soir,
Grand, plein d’espoir.
Couché sur l’horizon
Avec mes deux frères lointains,
Duo solaire,
Nous regardons sereins,
Au ciel, l’Azur roi mué en éther,
Semé les nocturnes floraisons.
Merveilleux diamantaires
Aux chandelles perdues qui espèrent,
Muettes,
Pointant des anges les silhouettes.
Pour quelques heures,
Me voilà calme.
Un voile recouvre ce monde qui écœure.
Soir de soie soit ma balme.
Ta distante paroi
Absorbe mes rêve en fuite.
Une comète passe, portant l’éclat
De rois, anciens souverains
De lointaines cités détruites.
Sous mes yeux combien de mondes défaits
Allument les astres de leurs désirs échoués?
Portefaix d’idéaux imparfaits,
En leur nom jamais je ne cesserai de lutter.
 
Ici on crève, coincé dans les précipices.
Une vie sans joie, une vie de sacrifice.
Alors le soir, quand doucement s’endorment
Mes frères uniformes.
Je regarde mourir les rayons,
Accoudé sur le balcon.
Les mots pour seules ailes,
Je m’arrache des abîmes.
Analphabète et ménestrel,
Je porte ma déprime de rime en rime.
Elle peut-être brève
Pourvu que ma vie soit belle.
Je battrai des vers sans trêve
Tendant tel un arc mes poèmes,
À l’image de Gabriel
Porteur de bonnes nouvelles.
Je tire un trait au cœur des esseulés
Et leurs dessine un ciel
Pleins de magie retrouvée.

 

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Sous les travées


Sous les travées
Il se rappelle.
De béton entravé
L’homme a perdu les ailes
De l’esprit agile,
Des jours sans fil.
 
Assis sur le plastique bleu pâle,
Sa nature domptée garde en retrait
Sa beauté sauvage.
 
Des traits tirés, silencieux râle,
Émanent quelques vers chantés
« Portez nous au temps des beaux mirages
Quand la nature était divine
Pleine de secrètes rimes,
De celles que l’on devine
Dans le murmures des bosquets,
Que l’on lit dans les ondées.
Dansez animaux, mystérieux mimes,
Chavirez nos cœurs; et qu’en un instant sublime
Perce sous nos yeux le royaume des Titans et des Nephilimes »
 
Ô tranchée enfantée de nos mains
Où verse chaque jour les humains chagrins.
Effondre ta masse.
Ploie tes voûtes lasses,
Et qu’en terre,
Tous échappent aux fers.

 

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