Porte d’or


L’eau olive,
Vert dissimulé d’or,
Danse avec les géantes lascives;
Ou serait-ce le flot qui mord
Les pins, répandant leur résine,
Attirant des cygnes,
Aux yeux invisibles,
Aux mots indicibles,
Aux laideur invincibles.
Haute branche
Au blancheur d’avalanche,
Tes enfants glissent sous tes bras,
Des bras d’ombres grises
Sur la vie sans emprise
Et pourtant tous y gisent.
Enlise
Mes sens
Olive
Immense,
Sans rive.
Ceux qui des terres et des vers
Souhaitent des vérités faciles
Des beautés sublimes, spectacles
Dans l’incongru et les caillasses crues,
Ne vois que choses infertiles
Et du regard bâcle.
Mais le brillant n’est que pyrite,
Poudre pour la bête sans mérite
Aux initiés la beauté partout prend son essor
Le monde entier couvert de merveilles et d’or.

 

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Tout est palais


Tout est cathédrale.
Infinis détails, profondeur fractale.
La beauté sertit la beauté
Dans un ballet complexe
Qui ne trouve de fin,
Que dans les limites de nos cortex.
Alors le méditant serein
Soudain pris de vertige,
Pleure sa petitesse.
Notre esprit piètre aurige
Dévoile vite ses faiblesses.
Regarde un arbre
De son tronc à sa branche puis sa feuille;
Ne sens tu pas ce terrible écueil.
Ce n’est qu’un arbre, un simple arbre
Et déjà il dépasse nôtre compréhension.
Un univers dans un univers.
En déroute la raison s’affaisse,
Jusqu’à l’effondrement.
Bien risibles sont ces quelques vers
Face aux merveilles qui se dévoilent et se dérobent sans cesse.
Je touche le soleil et espère un dénouement.
Mais ici au bout de toute expérience,
Il n’y a qu’un désert sans fin.
Un précipice de démence.
Comment finir sans devenir fou?
C’est impossible je le crains.

 

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Le Tr^ne


Noir rectangle
Qui soutient la sphère d’or.
Tes réflexions grises
                                   Capturent.
Sur moi ton emprise
Comme un silencieux sort.
Mon esprit dans tes sangles.
 
Distant, moi aux étoiles,
Toi au palais, toujours
Assis dans les symétries.
Tu regardes défiler les jours
Capé d’éclats jaunis.
Ton empreinte jusque dans ma moelle.
 
Andalou aux motifs mauresques,
Tes ombres se parent d’exquises arabesques.
Las et abandonné dans le froid,
Ici dans cette gare en marge, assaillie d’herbe,
Je me rappelle quand je foulais la terre des rois.
Ton précieux toujours dans les yeux, chasse l’acerbe
Et quand bat la pluie et la foudre,
Au préau je reste de marbre, serein.
Mon âme chérit un peu moins la poudre
Depuis que j’ai embrassé tout tes dessins.
 
Alors parfois mon verbe se teinte de tes mystères,
Volant aux pythies leurs sonores charades
Pour pourfendre des hommes les mascarades
Et révéler tes brillantes beautés
Qui trônent aux travers des âges.
Source des enseignements de tous les sages,
Ailes invisible du libre penseur,
Hubris vecteur.

 

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Irondelle


Qui est tu?
Demande le seigneur,
Drapé de la sueur
Des vaincus.
 
Je suis Irondelle,
Courroux du ciel,
Purgeant du cœur des hommes, le fiel.
À mon bec,
Nul rameaux ,
Mais un étendard de guerre.
Crains moi seigneur des terres,
Mon sillage est sans échec,
Mes serres te traineront au tombeau.
J’apporte à mes frères,
La libre colère;
La colère des hommes libres.
 
Je suis la rage qui ondule
Par grande chaleur sur les monticules.
Je suis celle qui prend les mains pour les faire poings,
Libérant les esclaves de leurs liens.
Celle qui amasse les foules
Prisent de houle,
Agitées comme la foudre,
Enivrées de poudre.
Je suis la crue dans les veines,
L’afflux de l’âme écœurée.
Un cri animal, indompté.
Un chien écumant, ivre de haine.
Je suis l’ire qui irradie en ondes,
Jetant fiévreuse
Les utopie féconde
À la face des tyrannies hideuses.
Je suis; la fin des règnes!
 
Le seigneur à ces mots se lève,
Frémis
Et péris.
Le peuple uni est comme un glaive,
Tranchant sans peine
Dans la chair de ceux qui le garde en chaîne.
Nul homme ne peut être asservi contre son gré.
Alors mes frère, hurler avec moi, Liberté!

 

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Splendeur


Splendeur!
Splendeur!
Je crie ton nom
Ô dieu nouveau.
Par mes chants,
Abandonne tes souterrains oripeaux.
Vois le ciel,
Les démons brandissent l’étoffe de sang.
Ils haranguent les fidèles.
Tous attendent ton retour.
Bien trop longtemps tu as été enfoui
Grondant, nous gardant en vie.
Dans nos ventres, toujours
Un profond bruit sourd.
 
Splendeur!
Splendeur!
Ces lames noires
Qui plongent aux tréfonds
Te condamnant à l’agonie pour milles éons,
Je les retire, mon verbe mue en arrachoir.
Par mes lèvres dicte ton nouveau monde.
Celui qui dort en moi, nourrissant mes rêves de fronde.
Celui qui habite dans mes plaie, fuyant la laideur.
Celui à mes pieds, déroulant ses splendeurs.
 
Splendeur!
Splendeur!
Ô puissant ressuscité de mes mots,
Fais jaillir ta flamme.
Guide les armes.
Au bouts des lames, des héros.
Abysse et firmament
Dans la lutte unis.
Idoles et tyrans
Exsangues et punis.

 

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Précipice VII


Toi, mon frères malheureux.
Toi qui est de cire et de creux.
Toi qui marche vers un horizon infini,
Tes traces comme seule mémoire au milieu du vaste oubli.
Écoute les sons que je jette aux vents.
Des sons farouches, vent debout,
De ma gorge aux cieux, hurlants,
Portant l’utopie des fous.
Des étincelles modestes
Qui des foules animent les gestes,
Qui font naître le cour d’eau à l’estuaire,
Le cœur nomade de tout sédentaire.
 
Je ferai s’effondrer le bleu
Pour raviver le brun de cette terre
Qui n’est qu’une civière;
Des hauts rêves, la litière.
Sans relâche je creuserai
Les profondeurs de mon esprit,
Pour en extraire ces formes ignorées
Et leurs insuffler la vie.
 
Les mots pour sillons et semences.
Le verbe pour tuteur.
Pousse, pousse avec fureur,
Du monde, la présence.
Jaillis vie et meurs.
Habite chaque heure .
Je te vois vert, entremêlé.
Je te vois sans frein, indomptable,
Lovant chaque plis et replis, implacable.
Je te vois en formes mouvantes, incarné,
Bruyante et repeuplée.
Ce qui n’est que ombres indécises,
Bientôt à nos yeux,
À nos yeux!
Deviendra la terre promise.

 

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Précipice V


Que sont ces formes qui dansent
Sur le fond monotone de mes paupières closes.
Scrutant le monde, je ne vois que la mort en toutes choses.
Mais dans les distants de mes orbites,
L’horizon rouge de ma chair en écran
Anime un spectacle bien vivant.
Ma pensée en signes
Fait apparaître un ancien monde en fuite
Au travers de vives lignes.
Certaines évoquent des êtres placides
Aux corps couverts de carapaces solides.
D’autres étranges créatures
Parcourant les espaces sans bordures,
Trônant sombres dans le ciel
Suspendues par des forces irréelles.
 
Y a-t-il en moi un monde enfoui ?
Comme les Dieux chantant sous terre,
Un grouillant ballet sous chair.
Cette peau qui est la mienne
Sert -elle de voûte à un occulte bestiaire ?
 
Dans mes entrailles je les sens gonfler,
Gronder, gémir chargés de haine,
Ils réclament, les crocs montrés
Comme des sentences.
Ils grouillent dans mes membres,
Agitent ma tête prise de fièvre.
Des visions pleines de démence.
Des hurlements aux coins des lèvres.
Mon corps se cambre,
Je convulse.
Ces cris, ces cris… Le monde extérieur me révulse.

 

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Précipice IV


Bruissez feuillages invisibles,
Battus par la pensée et son vent fiévreux.
Faîtes renaître les rivages inaudibles
Dans ces êtres miséreux.
 
Là, je vois les premiers sillons se former
Le mince filet d’eau qui colore la terre,
Comme le sang animant la chair.
Encore timide, il se renforce et commence à creuser.
 
Un bruit sourd, la roche qui dans le courant
Se déplace, portée par ces fleuves naissants,
Traçant des berges
Desquelles émerge l’océan.
 
Creuse, creuse, humide chimère,
Là où tout n’est que pierre et poussière,
Un monde mort, égrainant les heures stériles.
Adviendra les crues, agitées par les mots magiques volés aux Sybilles.
 
Les démons au sommet, témoins,
Voyant à leurs pieds danser milles points,
Ceux des cours sinueux tissant la terre d’éclat,
Se joindront à nous, emportant avec eux l’azur des rois.
 
Alors,
Les flots feront taire les horribles chants souterrains,
Alors,
La terre de nos pas, mimera celle enfouie dans nos mains.

 

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Précipice


Sous la croûte vibre le chant
De grands dieux gisants.
Leurs longs membres étendus
Surgissent parfois, striant les plaines
De motifs sombres, de longs doigts d’ébène.
Face à cette vue, l’homme se jette à terre, salissant de poussière ses haillons écrus.
L’étoffe au fil des prières se pare de dessins qui, comme les livres sacrés, arbore les splendeurs de la piété.
 
Ces titans morcelés, inondent les corps de leurs étrange polyphonies.
Les ondes sonores éveillent dans le creux des hommes les souvenirs d’étendues fragiles, s’animant au moindre souffle.
Là dans le miroir mobile, baigne encore le corps de nos mémoires blessées.
 
Qui a volé nos azurs et nous a jetés dans ces aplats desséchés.
Nos cœurs dans l’estran crient, appellent le mascaret.
Qu’il vienne laver de tout maux l’écorce brune qui nous sert de peau.
Vibrez, vibrez dieux fous,
Enfouis sous la terre comme enterrés vivants.
Que vos chants crachent l’effroi
Et chassent la terre creusant un détroit.
Là nous danserons dans la tranchée
Et nos habits pâles onduleront comme l’écume.
 
Tout ceci ne sera qu’illusion,
De folles agitations.
Soulevant la poussière, remuant les tréfonds;
Et quand nos corps épuisés
S’effondreront comme les vagues sous le poids de leurs couronnes argentées.
Nous observerons la sueurs palpitante à nos fronts, merveilleux linceuls, derniers embruns .

 

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Landes


Je te suis gris chemin,
Tracé rectiligne
Fait de sable et d’aiguilles de pins.
Des traces de pas, les signes
Laissés par d’autres cheminants,
Arpenteurs du néant.
N’est-ce pas la destination?
Ces allées d’arbres morts,
Ne mènent elle pas au rift de la raison, plongeant dans la folie,
À l’enfer et ses contreforts
Où se lamentent les impies.
 
Au Rift de l’esprit
Où la raison est si mince qu’il y perce la folie
 
Ici les étoiles dans leur chute
Ont soufflé la vie.
Quelques solitaire se dressent  encore, en sursis,
Mats forestiers, symboles de lutte
Bravant l’océan de fougères orangées
 
Landes blessée,
Je photographie ton bois déchiré
Que les forestier ont entassé comme des autels.
J’y dépose quelques vers,
Végétales, fait de bruits indistincts,
D’écorces murmurant au matin,
Pour honorer ta beauté singulière
Presque irréelle.
 
Frère de sève,
De votre linceul sont fait mes rêves .

 

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