Précipice IV


Bruissez feuillages invisibles,
Battus par la pensée et son vent fiévreux.
Faîtes renaître les rivages inaudibles
Dans ces êtres miséreux.
 
Là, je vois les premiers sillons se former
Le mince filet d’eau qui colore la terre,
Comme le sang animant la chair.
Encore timide, il se renforce et commence à creuser.
 
Un bruit sourd, la roche qui dans le courant
Se déplace, portée par ces fleuves naissants,
Traçant des berges
Desquelles émerge l’océan.
 
Creuse, creuse, humide chimère,
Là où tout n’est que pierre et poussière,
Un monde mort, égrainant les heures stériles.
Adviendra les crues, agitées par les mots magiques volés aux Sybilles.
 
Les démons au sommet, témoins,
Voyant à leurs pieds danser milles points,
Ceux des cours sinueux tissant la terre d’éclat,
Se joindront à nous, emportant avec eux l’azur des rois.
 
Alors,
Les flots feront taire les horribles chants souterrains,
Alors,
La terre de nos pas, mimera celle enfouie dans nos mains.

 

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Précipice


Sous la croûte vibre le chant
De grands dieux gisants.
Leurs longs membres étendus
Surgissent parfois, striant les plaines
De motifs sombres, de longs doigts d’ébène.
Face à cette vue, l’homme se jette à terre, salissant de poussière ses haillons écrus.
L’étoffe au fil des prières se pare de dessins qui, comme les livres sacrés, arbore les splendeurs de la piété.
 
Ces titans morcelés, inondent les corps de leurs étrange polyphonies.
Les ondes sonores éveillent dans le creux des hommes les souvenirs d’étendues fragiles, s’animant au moindre souffle.
Là dans le miroir mobile, baigne encore le corps de nos mémoires blessées.
 
Qui a volé nos azurs et nous a jetés dans ces aplats desséchés.
Nos cœurs dans l’estran crient, appellent le mascaret.
Qu’il vienne laver de tout maux l’écorce brune qui nous sert de peau.
Vibrez, vibrez dieux fous,
Enfouis sous la terre comme enterrés vivants.
Que vos chants crachent l’effroi
Et chassent la terre creusant un détroit.
Là nous danserons dans la tranchée
Et nos habits pâles onduleront comme l’écume.
 
Tout ceci ne sera qu’illusion,
De folles agitations.
Soulevant la poussière, remuant les tréfonds;
Et quand nos corps épuisés
S’effondreront comme les vagues sous le poids de leurs couronnes argentées.
Nous observerons la sueurs palpitante à nos fronts, merveilleux linceuls, derniers embruns .

 

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