Bruissez feuillages invisibles,
Battus par la pensée et son vent fiévreux.
Faîtes renaître les rivages inaudibles
Dans ces êtres miséreux.
Là, je vois les premiers sillons se former
Le mince filet d’eau qui colore la terre,
Comme le sang animant la chair.
Encore timide, il se renforce et commence à creuser.
Un bruit sourd, la roche qui dans le courant
Se déplace, portée par ces fleuves naissants,
Traçant des berges
Desquelles émerge l’océan.
Creuse, creuse, humide chimère,
Là où tout n’est que pierre et poussière,
Un monde mort, égrainant les heures stériles.
Adviendra les crues, agitées par les mots magiques volés aux Sybilles.
Les démons au sommet, témoins,
Voyant à leurs pieds danser milles points,
Ceux des cours sinueux tissant la terre d’éclat,
Se joindront à nous, emportant avec eux l’azur des rois.
Alors,
Les flots feront taire les horribles chants souterrains,
Alors,
La terre de nos pas, mimera celle enfouie dans nos mains.

