Masque Mortuaire


Dis moi que toi aussi,
Tu le vois,
Ce ciel qui au crépuscule m’accueille à son seuil,
Comme un roi,
Drapant mes épaules de galaxies.
Au pied d’un arbres je pose ma tente.
La nuit retient ses fanfares,
Ni grenouille ni grillon.
Ce visage qui me hante,
C’est ta beauté sans fard.
De mon âme je te tends ses haillons,
Car si de la route je suis souverain,
C’est que je la déroule
Pour oublier mon chagrin,
Loin des yeux des foules.
Ici le vent ne porte plus ton parfum.
Ici mon temps ne s’épuise pas à te contempler,
Je l’égraine serein
Le dos chargé.
J’aurais préféré tes bras sur mon corps enlacés,
Mais ton cœur jamais pour moi ne s’est infléchi.
Malgré les mots jetés, les caresses données
Jamais de moi tu ne t’es éprise.

J’espère que tu le vois, le ciel couche sur moi ses galaxies.
Le vide s’étend, noir comme aux premiers âges.
Mes yeux ont déjà vu la grande extinction.
Ces étoiles qui brillent, jetant leurs dernières forces, redoutent de mes pupilles les vérités.
L’univers au bord de s’effondrer,
Happé, aux creux des ténèbres,
Couvrant toute vie
D’une chape,
Éternelle,
Mortuaire.

Au pas


De ces paysages que j’ai traversés,
J’en ai cueillis des mots
Que je rassemble pour toi en bouquet.
Ses pétales coulent sur ta peau,
Tu restes impassible.
               Encore une;
Une vaine tentative de percer ton cœur,
Rendu à mes charmes invincible,
Le jour où à tes pieds j’ai déposé les armes
M’avouant par tes yeux vaincu,
Amoureux éperdu,
Aux nuits, par ton absence remplies de larmes.
 
Sans doute, jamais tu ne t’inclineras
Fiévreuse,
Pour confier ton corps à mes bras.
Sans doute, jamais nos chemin ne se recroiseront
Et pourtant mes mains resteront
Amoureuses.
Prises au piège de ses courbes fantasmées.
Menottées à des désirs inachevés.
Comme un fruit qui pourri à ne pas mûrir,
Je me languis à en périr.
                Encore un;
Un pas, franchir ce guet.
Là un pont.
Certain tourne, moi je pense en rond.
Des ronces, une haie.
La vie a perdu tout substance
Une succession de pas, un espoir, distancer la souffrance.

La tyrannie des idoles


Ne faisons semblant de rien,
Tout est cruel.
Entre nous; aucun lien.
Seul la mémoire, si vive, presque charnelle.
 
Un instant j’ai tissé
De tes yeux, des rêves.
Ce bleu aux éclipses brèves,
Animait alors mes vœux,
S’imposait, idole, dieux
Et mes horizons, envoutait.
 
Tes gestes, fils des rue, des quartiers;
Comme des fauves indomptés
Aux robes cousues de nacre;
Semblaient célébrer des sacres,
                                                  secrets.
L’air de ta présence, se chargeait de fragrances
D’ambre, d’encens, de pure jouissance.
Ta voix, un chœurs vibrant
Du timbre de myriades d’enfants,
Hurlant leur joie,
Ô nouveau printemps.
Tu siégeais en tous lieux,
Égrenant milles regards envieux,
Comme une muse hors du temps.
De la beauté tu étais ma loi.
 
Envolées désirs, soupirs.
Ces instants chargés de mélancolie,
Ont fait œuvres.
Il m’aura fallu, en poésie mourir,
Pour enterrer sur mon cœur ta tyrannie.

Divagation sous le crépuscule d’albâtre


Ce crépuscule si pâle
S’abaisse sur ma vie et la vide.
En un long râle,
Tu m’évides.
Est-ce le prix ?
Veiller sous tes reflets blancs de nuit,
Traîner dans ce monde que tu emplis.
Tes yeux dans chaque lever, dans chaque coucher.
Mon cœur à toi lié et, pourtant, tu ne m’as jamais rien donné :
Nul espoir, nulle tendresse.
Ma vie pleine de paresse,
Paralysée d’obsessions.
Mes mots perdus en élucubrations.

Les cieux, épris de ta beauté, tracent de blanc et de bleu des répliques de tes traits,
Qui planent au-dessus pour me hanter.
Dans les flaques gouttent tes merveilles,
Mes pieds s’y prennent et les traînent
En traces humides. De mes pensées, tu es la reine, tu es la traîne.
Mariée fantasmée des astres se consumant pour toi seul.
Tout ce qui brille ne brille que pour toi.
Le grillon dans les fourrés,
Le Soleil étendant ses traits irisés.
Tout ce qui vit danse, chante,
Tous ici bas pour te charmer.
Un univers tout à toi dédié.
Comment alors te captiver,
Toi pour qui tous ont les yeux levés ?

Pourtant, je me dois d’y arriver, ne serait-ce que pour un baiser.
Tu m’as tant dépossédé.
De mes heures,
De mes rêves que tu ne cesses d’habiter.
De mes jours,
De mes sens que tu ne cesses d’enivrer.
De mes souffles,
De mes pas, sans cesse vers toi dirigés.
Offre-moi une seconde, un regard.
Une heure, un geste.
Ton éternité, tes bras enlacés.
Sacre-moi entre tes reins
De plumes, je serai ton chevalier,
De ton crépuscule, je serai libéré,
Et, dans mes aurores, je te verrai dénudée.

Mon cœur enflé,
Tu m’accompagneras, habitante silencieuse de mes tracés.
Muse généreuse coulant dans mes lais.
Amie, amante, tu ne seras jamais oubliée.
Ma route toujours là pour te recueillir.
Mes bras toujours là pour te soutenir.

 

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Iconolâtre


Une poupée à la peau d’albâtre,
Le visage incrusté de saphirs.
Tes yeux : l’océan qui soupire.
Face à toi, je ne suis qu’un iconolâtre,
Un exalté avide de te contempler,
Un crucifié, un martyr,
Cherchant dans la foule un dernier sourire
Pour oublier la douleur de ses mains clouées.
Le rose pâle de tes joues déverse la douce lumière d’un vitrail.
Elle inonde et aveugle mes yeux
Captifs, hypnotisés, amoureux,
Cherchant de ton être, la secrète faille.
 
Je t’en prie, couvre mon corps d’étoupe
Et embrase-moi.
Offre-moi ta bouche comme une coupe,
Embrasse-moi.
L’espoir perle de tes seins,
La foi coule entre tes reins.
Tu es mon Christ féminin,
Mon dieu païen.
Je me jette à tes pieds,
Mes mains en prières.
Offre-moi ta chair,
Que je la couvre de baisers.
Tu es l’astre effondré
Où gravite l’infinie beauté,
La singularité esthétique,
Un cri du cœur comme une foule hystérique.
 
Mais, moi, je ne suis rien pour toi :
Ni amant, ni ami.
Un agrégat de chair anonyme.
Un détail que tu balayes d’un doigt.
Un misérable qui supplie.
Un chien hurlant dans l’abîme.
 
Je ne suis qu’un fou qui trime,
À percer ta pierre des ses mains molles,
À charmer tes lèvres avec des mots banals.
Je ne suis qu’un poète aux tristes rimes
Qui, bercé par ses idées folles,
À cru, un jour, pouvoir d’une déesse être l’égal.

 

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Toi et moi


Je le sais,
Toi et moi,
Nous sommes faits du même bois
Cabossé,
Celui que l’on trouve sur les plages, délavé,
À l’ombre d’un hôtel vieilli.
Un bois flotté,
Aux formes biscornues,
Qui inspire aux esprits
Des paysages incongrus.

Toi et moi, ce n’est pas un amour pour construire.
Je nous rêve amants pour détruire,
Voir nos vœux, l’un dans l’autre, se briser,
Vivre une vie de terre brûlée.
Deux éclats si sombres
Que le noir se met à pâlir,
Que l’espoir se met à pourrir,
Dévoré par nos ombres.

Toi et moi, repus de nos sons,
De nos cris, de nos pleurs,
De la chair en sueur.
Crépusculaire orphéon.
Jouissance orpheline.
Deux exilés de la moraline.

Viens, je serai tes ténèbres,
Celui qui pousse en avant,
Qui glace le sang,
Comme l’éloge funèbre
D’un enterré vivant.
Viens vivre un amour sauvage,
Sans adjuvant,
Loin des tristes passants,
Sur les lames taillant les rivages,
Au chevet d’un monde
Cataclysmique,
Un hypermonde
Fait de nous deux, hystériques.

Viens crever dans la panse d’un géant,
Jouir dans les orgies d’indigents,
Brûlée sur les bûchers séculaires,
Dressés par les vagabonds stellaires.

Toi et moi, enchaînés,
Toi et moi, condamnés,
Mais notre liberté consommée.

Un jour


Si un jour tu as besoin
D’un vaisseau
Pour traverser les eaux,
Loin des abris sereins,
Les eaux, aux brisants d’acier,
Aux roulantes tourmentées,
Je serai là, arqué,
Tout prêt à recueillir ton souffle usé,
Ton corps mutilé.
 
Dans mes yeux, nulle blessure, nulle usure ne pourra te désenchanter.
 
Si un jour l’envie te prend
De sillonner, au rythme des pâles informes,
Sur les routes silencieuses bordées d’ormes,
De faire bouillonner l’aventure dans ton sang,
Je serai là, prêt à te porter
Aux travers des sentiers
Que pour toi j’aurai pavés de mots:
Ceux du monde sauvage,
Des hurlements, des hululements,
S’élevant des forêts, en mirage,
Ébruitant la beauté, en écho,
Par vagues, au loin, l’espace se dessinant.

Amer


Mon amer,
Montre-moi la voie
Vers tes terres.
 
Aux abois,
Tenant fermement les cordages,
Épuisé, je cherche un mouillage.
 
Sans tes bras
Jetés à la mer,
Je finirai, à grands fracas,
Brisé sur un affleure.
 
Sans tes yeux,
Vidant l’amer,
Je crisperai, anxieux,
Mes poings de rancœur.
 
L’écume furieuse
Me crie haut et fort :
« Ces rives lumineuses
N’ont plus de port. »
 
La houle soulève alors ses puissantes vagues
Et perce la coque par de sifflantes pointes, comme des dagues.
Mon corps jeté au froid,
L’eau me mutile et me noie.
De la côte, tu lances une bouée
Mais tu ne seras jamais ma Gaud.
 
Soudain, les éclats terrifiants se font émeraude,
La mort m’apaise par son chant,
Je me laisse couler doucement,
Pour mourir au fond du monde inondé,
À l’abri de tes cruels reflets.

Lésions intimes


Souveraine, j’accepte ton joug,
Je me plie à tes goûts.
Me voilà, avançant à genoux,
Oublie en moi tes dégoûts.
 
Je te deviens lieux de plaisance,
Lieux d’aisance.
J’irai boire, à tes lèvres, les fluides ambrés.
Tu baiseras ma chair, par tes mains, tuméfiée.
Ma bouche, comme des babines,
Laisse-moi jouir sous ta badine.
 
Nous suivrons les tracés malsains,
Pour se réveiller amnésiques au petit matin
Et lire, dans les yeux l’un de l’autre, nul jugement,
Juste le regard complice
De deux êtres, au bord de l’écœurement,
Entaillant ensemble ces tracés trop lisses,
Qui grèvent les ivres vivants,
Les êtres trop concupiscents.
 
Viens explorer la folie,
Longer les rebords de l’esprit.
Laissons derrière nous la morale et la bienséance.
Mêlons-nous aux bêtes qui jouissent d’inconscience.
Médusons les regards d’inconvenance.
Brisons les liens tissés par mille siècles civilisés,
Frayons tous deux en quête d’instantanéité.
Le plaisir en éruption,
Gorgé des liquides de notre humanité en sédition.
 
Nous finirons détruits,
Sans plus aucune illusion
Ni vœux dérisoires.
Deux êtres éprouvés, trop épris,
L’âme usée de multiples lésions,
Mais la tête héroïque d’érotiques histoires.

Un bonheur discret


Un voile bleu de givre.
Un cristal pur.
Éther en épure.
 
Mon azur dérobé,
Ne cligne pas des yeux que je puisse m’y réfugier,
Caressé par les merveilles marines,
Portant tes pupilles,
Ce paradis où dansent les Océanines,
Où se reflète tendrement
Mon cœur en guenilles.
 
C’est de ton souffle que sont faits mes soupirs.
Dans le silence, sans m’éconduire,
Tu continueras, en prêtant peu d’attention,
Par tes mouvements discrets, à entraver mes rêves faits tout entiers de tes contours.
Mon paysage onirique
À jamais marqué de ton corps impudique.
Je t’en prie, porte-moi secours,
Laisse-moi poser mes yeux vulgaires
Sur tes traits ivoire.
Laisse-moi, un instant, effleurer ta chair,
Accrocher ma vie à tes doigts en dévidoirs.
File-moi sans répit,
Foule-moi, foule-moi en terrain conquis.
 
Ma Polyphonte, je percerai tes aigreurs et adoucirai ton cœur, loin des hommes sous le joug, mêlés aux bêtes, je t’apprendrai les jours, et là où tu me sais vaincu, tu m’y découvriras seigneur.
Viens avec moi, dans mon doux royaume que l’on nomme amour, je t’en dévoilerai les secrets, les milles détours.
Ensemble, nous traverserons le monde, pour sortir des bocages et des futaies, cherchant, sans boussole, les sauvages contrées pour y bâtir un bonheur discret;
Et si, pour moi, il n’y a nul demain, je m’en irai, à jamais porté par tes yeux céruléens.