Exilés


Je suis un homme désossé, c’est sûr.
Exilé.
Les songes, aux récifs du réel
Jetés.
Je crains de mes frères les morsures,
Mais comme une bête amoureuse,
Je garde, les babines écumantes;
Me rêvant dans des bras, bête heureuse.
Mes pattes usées sous les néons,
Ces astres artificiels,
Je scrute la surface du béton.
Aux milieux de vous autres, êtres en série,
Ma meute se cache peut-être et comme moi
Rêve de vénustes abris.
S’aimer en silence aux rythmes des floraisons.
Le coquelicot pour roi,
De jolis rebonds pour venaison.
D’amour simple je suis affamé.
Bête traquée
Je fuis des chasseurs les canons.
Sortez du rang
Les voilà à vos traces lancés,
Dressant de leur monde cruel les fanions.
Ils hurlent tonitruants
« Gloire à celui qui à sa suite, le trainera dépecé. »
Ô vastes étendues encore indomptées
Porter mon appel.
De troncs en nuages relayez ma détresse.
Je hurle seul dans mon terrier
Espérant que l’on me révèle
Un monde où les promesses
Restent pleines de vivacité
Et poussent éprises de libertés.
Un monde d’utopie
Que je nommerai Oniri.
 
À son seuil je le sais, tu attends déjà.

 

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Écarts Ô précipices


Qu’il est beau le soir,
Grand, plein d’espoir.
Couché sur l’horizon
Avec mes deux frères lointains,
Duo solaire,
Nous regardons sereins,
Au ciel, l’Azur roi mué en éther,
Semé les nocturnes floraisons.
Merveilleux diamantaires
Aux chandelles perdues qui espèrent,
Muettes,
Pointant des anges les silhouettes.
Pour quelques heures,
Me voilà calme.
Un voile recouvre ce monde qui écœure.
Soir de soie soit ma balme.
Ta distante paroi
Absorbe mes rêve en fuite.
Une comète passe, portant l’éclat
De rois, anciens souverains
De lointaines cités détruites.
Sous mes yeux combien de mondes défaits
Allument les astres de leurs désirs échoués?
Portefaix d’idéaux imparfaits,
En leur nom jamais je ne cesserai de lutter.
 
Ici on crève, coincé dans les précipices.
Une vie sans joie, une vie de sacrifice.
Alors le soir, quand doucement s’endorment
Mes frères uniformes.
Je regarde mourir les rayons,
Accoudé sur le balcon.
Les mots pour seules ailes,
Je m’arrache des abîmes.
Analphabète et ménestrel,
Je porte ma déprime de rime en rime.
Elle peut-être brève
Pourvu que ma vie soit belle.
Je battrai des vers sans trêve
Tendant tel un arc mes poèmes,
À l’image de Gabriel
Porteur de bonnes nouvelles.
Je tire un trait au cœur des esseulés
Et leurs dessine un ciel
Pleins de magie retrouvée.

 

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Sous les travées


Sous les travées
Il se rappelle.
De béton entravé
L’homme a perdu les ailes
De l’esprit agile,
Des jours sans fil.
 
Assis sur le plastique bleu pâle,
Sa nature domptée garde en retrait
Sa beauté sauvage.
 
Des traits tirés, silencieux râle,
Émanent quelques vers chantés
« Portez nous au temps des beaux mirages
Quand la nature était divine
Pleine de secrètes rimes,
De celles que l’on devine
Dans le murmures des bosquets,
Que l’on lit dans les ondées.
Dansez animaux, mystérieux mimes,
Chavirez nos cœurs; et qu’en un instant sublime
Perce sous nos yeux le royaume des Titans et des Nephilimes »
 
Ô tranchée enfantée de nos mains
Où verse chaque jour les humains chagrins.
Effondre ta masse.
Ploie tes voûtes lasses,
Et qu’en terre,
Tous échappent aux fers.

 

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Duo


Meule l’air de tes mains agitées.
Le souffle, rapide.
Bats cette présence voilée.
  Dans ces volutes invisibles se cache la liberté!
Le regard avide.
 
Se dresser contre chaque seconde.
S’indigner, contre l’absence.
Vivre une vie de fronde.
  Deviens l’abîme d’espoirs que rien ne sonde!
Se révolter, contre les nuisances, l’impuissance.
 
Déploie, déploie tes bras en ailes,
Ivre crècerelle.
Chaque pas un vol,
Chaque expiration,
  Un cri contre la vie molle!
Vivre, vivre de passion.
Toujours féroce, à l’assaut de l’ennui et de ses bastions.
Les poings serrés, empourprés, pleins de déraison.
  Entre tes paumes, ton cœur, en floraison!

 

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Gris pourpre


Gris pourpre,
Embrasse mon ciel.
Tire tes traits blancs,
Enlaçant l’azur comme des bras aimants.
Couvre tendrement ces maisons individuelles.
Petit terrier cubique,
Rouge brique,
Où l’on se cache
Nous autres, petits êtres,
Petites ombres,
Grouillant en nombres.
 
Que je t’envie frère de la grande bise.
De ton destin tu es maître.
Sur la terre jamais tu ne t’enlises.
Dans l’infini tu t’étends,
Tandis qu’au sol,
Mon cœur se brise.
J’erre dans le schéol,
Bien plus mort que vivant.
 
Abats-toi sur mes pas
Comme le loup bondissant sur sa proie.
Remplis mes yeux de néant.
Vides mon âme de ses tourments.
Que ton corps gonflé de trombes,
Devienne ma cotonneuse tombe.

 

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Ami des grands feux


Mille bâtis,
Écrasés par un seul roulant nuage.
Seigneur porteur de brillantes images.
Sans poids,
Pourtant si pesant sur nos paysages.
 
Prêtez moi votre doux mors,
Indolents régnants,
Cavaliers célestes,
Ignorants les terrestres lests.
Comme vous je veux me laisser porter par le vent.
Dériver paisiblement sous le disque d’or.
Faire couler mon ombre sur la pierre.
M’étendre sur l’horizon,
Et croître tel le lierre.
 
Messagers du Zéphyr,
Compagnons du Levêche,
Apprenez moi à voguer sans ire,
À filer silencieux comme une flèche.
À gonfler dans le ciel
Pour me teinter d’éclats sur-réels.
 
Je me ferai léger,
Aérien,
Élève appliqué,
Fils éolien.
Vous me porterez alors
Auprès de votre Père,
Le grand jeteur de sorts,
Maitre de l’éphémère,
Amis des grands feux.
 
Enfin, je me soulèverai loin des hommes
De leurs vaines audaces,
Des foules envieuses et lasses.
Pour caresser les dieux.
Entouré de mes nouveaux frères, dans les légions d’iridium.

      ••••••••••••••••••••••
      Êtres pétris
      De vaines audaces,
      Persuadés de déjouer le temps;
      Au-dessus des bêtes, en roi,
      L’homme s’agite, remue la terre,
      Couvre son corps de platine et d’or
      Et défile tout gonflé, si fier,
      Oubliant toujours son ultime sort.

 

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Vifargent


Vifargent
Déploie tes éclats dans ce tunnel languissant.
Brise son tracé toujours en avant,
En ouvrant par tes traits des brèches aux rêves scintillants.
Tes ailes sublimes envolent la monotonie,
Celle des pas qui tapent sans force le bétons vieilli.
Rayonne au front de ces vive navettes
Qui défilent sans fin en sifflant à tue-tête,
Où tournoient d’étranges girofards aux oranges cinglants.
Flash en vrille les muets qui attendent patiemment.
Joue, joue dans l’espace contrit.
Vol, étend toi de toute ton envergure.
De ta silhouette magnifique je suis épris.
Ton sillage aérien transforme les murs
En prismes, mille reflets excentriques.
Le chemin s’orne de pampilles impalpables
Qui caressent pourtant nos visage de gestes discret et aimables.
Fuse la joie dans des éclats de rire et des sourires extatiques.
Le monde pendant quelques secondes, quelques instants, s’est ouvert bruyamment
Plein vie, les regards saturés de désirs ardents.
Jouissance, arrache moi Vifargent.
Puissance, emporte moi héros brillant,
Dans tes trouées magiques
Où les hommes et les femmes retrouvent leur nature primordiale, magnétique, agitée, sismique.

 

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Sans berger


Nous sommes seuls,
Livrés à nous mêmes.
Ignorants comme nôtre aïeul.
Terrifiés au fond des nuits.
Craintifs dans les rayons blêmes,
Fuyant face à la vie.
 
Coiffant l’immensité ; nul berger.
Un vide, le néant,
Un espace sans fin livrant nos imaginaires aux tourments.
Un fossé où s’éteint la pensée.
 
En quête de sens, de symboles,
Érigeant des églises aux splendides coupoles,
Dessinant des croix,
Scrutant aux sommets des beffrois…
 
Il n’y a rien, rien du tout.
Rien que nos semblables luttant comme des fous,
Remplissant des charniers,
Allumant des bûchers,
S’entre-déchirant pour des idoles.
Les poings brandis furieusement,
Prêts aux exactions les plus folles,
Aveuglés par le sang,
Égarés par les écrits,
Pleins de haine et de mépris.
 
Où sont les sourires qui embellissent?
Les rires de joie complices?
Les chants calmes des bienheureux?
Les amants d’un soir fiévreux?
Toutes ces promesses qui ont pavées mon enfance
Me laisse aujourd’hui comme un adulte en souffrance.
 
Accueillez moi routes et chemins, laissez dérouler mes doutes sur vos tracés sereins. Au rythme de mes pas, chargés d’errance, l’esprit en déroute. Soyez mes complices silencieux, porteurs muets, voies terrestres reculées, mes semelles résonneront sur vos fuites sinueuses.

 

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Traqueurs de splendeurs


Sous les édifices étirant leurs ombres lasses.
Dans les dédales urbains fais de crasse.
Entre ces épaisses cloisons
Obstruant nos horizons.
Nos esprits, retenus; endigués…
Marchons, sentons nos pas, tranquille marée;
Sentons naître la force loin des tracés.
En marge.
Guidés par les courants telluriques
Invisibles spectres magnétiques;
Au large,
Portés par les crêtes marines
Chevelures mobiles de merveilleuses ondines.
 
Devenons ces fumées dérivantes dans la haute voûte,
Ces nuées battantes traçant de folles routes,
Ces trajectoires éphémères
faites d’incandescentes poussières;
Et dans nos sillons,
Toujours mus par la liberté et son aiguillon,
Semons, semons les beautés d’une vie de filature.
Traqueurs de splendeurs
Obnubilés, pleins d’ardeurs,
Époumonés d’air pure.
Amants éperdus.
Chevaliers nus.

 

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Je veux rester fou


Je veux rester fou.
De traits en traits barrés
Croissent en moi le rou-
Lis de Mai tapissez, tapissez.
Sous mes pieds clous et écrous
Accueillent ma plante et se plantent.
Quel est ce liquide qui s’écoule de ces trous?
Vers toi j’erre
En trace rouge.
Ire divine, meurtris ma chair.
Frappe d’arcs diamantins que plus rien ne bouge.
Saccadé.
Désossé.
Les rue froides reçoivent à pleins néons
Mon front qui déverse,
Peuple d’Hélicon,
Ma tristesse mêlée d’ivresse,
Habillant le béton en chemin
D’épaves merveilleuses,
Celles de mes muses en orpailleuses.

La folie qui prend mes gestes,
La folie devant mes yeux,
Est une trouée où chante bienheureux
L’enfant que j’ai été et ce qu’il en reste.
Je veux rester fou!

 

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