Irondelle


Qui est tu?
Demande le seigneur,
Drapé de la sueur
Des vaincus.
 
Je suis Irondelle,
Courroux du ciel,
Purgeant du cœur des hommes, le fiel.
À mon bec,
Nul rameaux ,
Mais un étendard de guerre.
Crains moi seigneur des terres,
Mon sillage est sans échec,
Mes serres te traineront au tombeau.
J’apporte à mes frères,
La libre colère;
La colère des hommes libres.
 
Je suis la rage qui ondule
Par grande chaleur sur les monticules.
Je suis celle qui prend les mains pour les faire poings,
Libérant les esclaves de leurs liens.
Celle qui amasse les foules
Prisent de houle,
Agitées comme la foudre,
Enivrées de poudre.
Je suis la crue dans les veines,
L’afflux de l’âme écœurée.
Un cri animal, indompté.
Un chien écumant, ivre de haine.
Je suis l’ire qui irradie en ondes,
Jetant fiévreuse
Les utopie féconde
À la face des tyrannies hideuses.
Je suis; la fin des règnes!
 
Le seigneur à ces mots se lève,
Frémis
Et péris.
Le peuple uni est comme un glaive,
Tranchant sans peine
Dans la chair de ceux qui le garde en chaîne.
Nul homme ne peut être asservi contre son gré.
Alors mes frère, hurler avec moi, Liberté!

 

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L’herbier


Des mots trompeurs,
Maquillage syllabique.
Le monde, déformé, oblique,
Menteur.
Je veux le voir crû.
Sans artifice.
La roche, roche.
Une beauté
Comme un tronc, d’écorce nue.
Un poème, comme le plus simple édifice.
Non pas un couvert au monde,
Mais une loupe pour enfler
De toutes les merveilles les traits,
Capturer les minutes vagabondes,
Les exposer sans apprêt.
De mots, de mots est mon herbier.
 
Je vous le tend humblement,
Rien n’y est parfait.
Entre ces pages la magie et un peu desséchée.
Mais c’est un guide sincère,
Lisez mes mots, mon tracé dans la vie et ses mystères.
Ils ne vous révèleront des monts et des plaines aucun secret.
Mais par mes vers vous pourrez les voir,
En mon âme résonner.
 
Sans doute, jamais mes rimes,
De l’univers ne captureront la vérité.
Tous piégés dans des paradigmes
À l’image de l’homme, imparfaits.
Mes textes sont des ponts à mes frères jetés.
Prenez le temps de les traverser, mon cœur vous attend de l’autre côté.

 

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L’homme aux coquillages


L’homme marche, l’air absent.
Il regarde le sable fixement,
Des yeux il cherche des petits coquillages.
Il les connaît si bien qu’il n’a pas besoin de se concentrer,
Dès qu’un de ses favoris apparaît
Tous les autres s’évanouissent comme des mirages.
Ceux qu’il chérit ont deux côtés.
Pile, ils ressemblent à des oreilles,
Face, à de minuscules voies lactées.
À ses yeux, de véritables merveilles.
Il les appelle « coquillages galaxies »
Ses petits cosmos à lui.
Il les fourre dans ses poches
Déjà bien pleines, prêtes à déborder.
Il redoute tous les jours qu’on les lui fauche,
C’est tout ce qu’il a jamais posséder.
Ni famille,
Ni amis,
Que des guenilles
De sans patrie.
Alors ce petit trésor côtier,
Si patiemment amoncelé,
Il y tient, plus qu’à sa propre vie
Qui est, de toute manière bien morne.
Une longue lutte sans répit.
Un malheur sans borne.
Ses yeux secs comme le sable
À force de faire couler des larmes,
Celles d’une douleur ineffable
Pleine de cris désarticulés, de cris d’alarme.
Le soir, avant de s’endormir entre les dunes,
Ils regardent ses reliques briller une à une.
Ses richesses sont simples et son ventre creux
Mais il regarde toujours le monde d’un regard amoureux.
Voilà sa vrai fortune, l’émerveillement facile,
Même face à quelques coquilles futiles.

 

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Les migrants


Des pas dans le sable presque effacés.
Un migrant était là il y a quelques instants,
Mais déjà au présent il est absent,
Par l’écume sa sœur probablement dévorée.
 
Au milieu des géants avaleurs de troupeaux,
De ces hordes de fous bâtisseurs de châteaux,
Ils marchent écœurés et pleins de sanglots.
Le cœur toujours ouvert
Trop épris de la chair.
Errant à l’oblique des sédentaires,
Qui se lient et oublient de toute chose la nature éphémère.
 
Leurs esprits éparses, doux embruns,
Roulent en tout lieu chantant les paradis lointains.
Modestes radeaux pris dans le tumulte des eaux,
Ils ont pourtant le regard fier d’un vieux capitaine de vaisseau.
 
Éternels amants de la lune,
Ils ne souhaitent souvent qu’une chose,
Se mouvoir dans le vent comme la dune,
Vivre sans attente comme des êtres de proses.

 

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Les Hiboux


Ils pensent que je suis fou;
Mais dans la panse d’un hibou,
Géant,
Je roule en rêve
Et mes mains croassent,
Noirs corbeaux aimants,
D’amour lasse
Travaillent le tourment
En des mélodies brèves,
En poésies idiotes,
Sottes.
Alors enfant,
Toi qui aussi ébauche,
Par des mots encore magiques
Entre tes lèvres impudiques,
Un monde certes un peu gauche
Mais gonfler de merveilleux irréels,
D’outre monde outrancier,
Superposant les voyelles
Et les formes de couleurs bariolées.
Trouve toi vite un gros hibou,
Un oiseau de nuit,
Qui t’abritera dans ses replis
Pour y rester un peu fou,
Épris de fulgurances
Irrationnelles,
De migrances
Démentielles.
Nous volerons tous deux au dessus
De ce charnier tragique
Où les adultes tuent
Leurs royaumes féériques.

 

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Prisme du vagabond


Je marche, le visage figé comme portant un masque de pierre.
Je ne suis qu’une âme vagabonde traînant dans cette cité sédentaire,
Une goutte insulaire perdue dans la vaste Pangée.
 
Le disque d’or, ami de mes errances, se dressant haut zénith en témoin muet,
J’observe la lumière couler en cascades
Et s’écraser sur les pavés.
De couleurs bruyantes, l’invisible cavalcade
Crache au sol, en rebonds sur chaque relief et aspérité,
Des rayons précieux,
Murmures poétiques des grands dérivant aux cieux.
 
Tramways, chiens, passants,
Marchent, vifs entre les bâtisses
Piétinant l’instant.
Pourtant, ici, les secondes tissent
Des beautés impalpables, certes,
Mais monumentales.
Je vous laisse vôtre statuaire inerte,
Pour parcourir les merveilles vivantes et idéales
Que les astres nous jettent comme des
cordes pour nous hisser
Et que la commune ignorance pousse à mutiler sous les pieds.

 

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