Viens, lâchons la bride.
Tu seras mon jardin des Hespérides,
Je viendrai cueillir tes fruits, avide.
Nos deux corps enlacés, fantastique hybride,
Partons à la découverte des vices et de leurs vertus.
Glissons-nous sous de larges fûts,
Que l’on s’avine.
Dans l’ivresse, je jouirai de tes courbes alvines,
Les explorant de caresses,
Remplissant ta coupe de tendresses.
Buvons, à nos lèvres, délicats calices.
Filons les heures au gré de nos caprices,
Et sous le couvert de la nuit complice,
Laisse-moi profiter de tes délices.
Je le confesse, de ton corps,
Me voilà un désireux impénitent.
Hérétique amoureux de ton bûcher d’or,
Brûlant de tes mains, dans tes effluves suffoquant.
Garde-moi contre ta chair cupide
Et je me ferai apostât intrépide,
Reniant la faim, la soif, la joie,
Pour ne vivre que de toi.
Catégorie : Elsa
Le luxe de mes nuits
Une beauté, en équilibre,
Emplie de crépuscule.
Le jour et la nuit, en une parfaite bascule.
Le noir et le blanc, dans un ballet libre,
Entre l’été et l’hiver.
Flambent les cimes et se dorent les rayons,
La nature maquille sa toison
Pour mimer tes airs,
Nimbés de profonds mystères,
Qui aux profanes peuvent sembler amers,
Mais se révèlent aux êtres attentifs et patients,
À ceux qui t’observent dans le silence des amants,
Pleins d’ardeur camouflée,
Comme un tigre tapis dans les fourrés.
Entre lumière et ténèbres,
Tu gis nue en commissure,
Un astre tiraillé de forces égales
Au charme secret comme d’anciennes écritures;
Et quand tu découvres d’écarlates pétales,
Les contraires t’enlacent et te célèbrent.
Tu es le luxe de mes nuits,
Mon euphorie.
Un geai danse
À mes doigts, danse un oiseau bleu,
Sifflant gaiement, frétillant, heureux.
Sa silhouette bouge,
Il prend vie sous ta gouge.
Son plumage vibre de tes traits.
Cette attaque de la gravure
Si particulière, fébrile, légère.
Des gestes empruntés aux volières,
Mouvant en incision sûre.
Dessine-moi en d’autres, une nuée.
Il était d’acier; maintenant,
Couvre mon horizon de geais.
Leur vol, en ondes,
Dans les cieux cheminant,
Bercera mon monde
De leurs doux battements;
Caché sous les ailes lapis-lazuli,
Se devinera ton visage chéri.
Je contemplerai ainsi tes traits charmants.
Nulle douleur ne pourra alors m’atteindre
Si ce n’est celle de ne pouvoir t’étreindre.
Éclosion
Attentif aux éclosions,
Je guette l’instant marginal
De la fleur déployant ses pétales
Comme l’écho d’un lointain onirique.
Là où, sans trêve, chantent les oiseaux,
Là où naissent les vents cardinaux,
Dans les gestes de ta beauté chimérique,
Dans le creux de tes reins où sourd la passion.
Exégète
Me voilà exégète, lecteur patient de ton visage,
Scène mobile de tes humeurs,
Dans lequel s’animent mes plus beaux mirages.
Laisse-moi percer où ton désir demeure.
Je creuserai une loge dans les parois de mon cœur
Où nichera une idole à ton image.
Du soir au matin, resonneront des élégies,
Mes vaisseaux transporteront des visions hallucinées de paysages,
Tissés de ton corps répété à l’infini, attisant mes ardeurs.
Aurige de mes envies, creuset de mes insomnie; Elsa, ma douce égérie.
Érato
Mes mains à la rencontre de ta chair,
Un ballet tendre, dissimulé,
À couvert sous les drapés,
Deux chercheuses dévoilant à tâtons tes mystères.
Partant en avant, deux amants pèlerins, précédant d’un soupir les corps encore liés d’interdits,
Cheminant, avides de la sève des jours,
Espérant creuser, dans l’écorce des nuits, des aurores d’ambre et des crépuscules de velours.
Peau contre peau, le souffle sans repos, saccadant, étrange appeau appelant à pleins poumons un fiévreux envol, un saut, une chute aux creux des ravines où s’unissent deux égos, aux rythmes des chants d’Érato.
Fille de Mnémosyne
Fille de Mnémosyne,
Créature, beauté féline,
Le regard perdu entre deux mondes,
Perçant à chaque instant les voiles sibyllins
Abritant des yeux de mortels
Les beautés éternelles –
Reflets envieux de tes traits aquilins.
Le visage perlant dans l’onde,
Serti de mille brillants cristallins,
Un masque de rose aux pampilles de bruine
Gouttant en pluie d’opalines.
À tes lèvres, les désirs s’accrochent et s’inclinent.
Privé de tes baisers, le bonheur décline.
Regarde, au matin, ce visage assassin, frappant les cœurs, à jamais privés de repos sereins.
Admire la source de mes tendres tourments.
Le vol
Entamons ensemble un doux madrigal.
Comme les amants de Chagall,
Partons, légers, en promenade
À la rencontre des processions de ménades.
Laissons à nos pieds, nos vies,
De modestes exuvies.
Accrochons-nous au dos d’un grand volatile,
Nos souffles en péril,
Suivons-le dans ses aventures transandines.
Nous atteindrons les cieux supérieurs
Aux couleurs changeantes de la tourmaline.
Sur notre vaisseau de plumes,
Je caresserai ta peau, délicat palissonneur,
Chassant en toi toute amertume.
Puis, nous irons dans cet espace au noir de bitume,
Là où les astres percent, en silence,
Ces ténèbres pleines d’insolence,
Recouvrant les mondes
De leurs couleurs infécondes.
Ici, à l’abri de tous,
Nous dériverons, comme de jeunes mousses,
À la découverte de ces merveilleuses étendues,
Celle de l’Éther et de nos corps nus.
Détresse
Un corps de nacre brunie,
Mouvant, de creux en crêtes.
Sous les doigts des saillies
Accrochant les rayons, une silhouette
S’arquant; tes formes, de ton cou gracile
À tes reins, se raidissent, fébriles.
Élançant tes seins aux perles d’airelles,
Ton dos se creuse en un rift dément.
La chair parcourue de spasmes,
Des oriflammes, jetés aux vents cinglants.
Mais viens l’instant cruel.
L’espace exiguë, toujours empli de tes fragrances,
Témoigne en silence de ta présence.
Dans les draps, git, mort, le fantasme.
Était-ce l’ivresse? Oui;
En moi, tu as versé l’ivresse,
Éteint mes ténèbres croissantes.
Ton corps, en croix, sur mon cœur renaissant.
Mais, au plus profond de la nuit, tu me laisses, en détresse.
Chasser les nuits
Viens, ma muse, ma princesse,
Dans ce domaine sans bordure
Qui ne revêt comme promesse que la simple tendresse.
Entre nos mains, coulera l’or pur.
Nous ornerons nos joues
De teintes écarlates.
La lune envieuse, en joue,
Tirera ses rayons sur nos corps
Dansant, suant des sens en débords,
Chauffant comme un brasier dans l’âtre.
Une beauté profane,
Deux idoles brisées qui s’unissent
Vibrant à l’unisson, ces membres qui se polissent,
Plonger dans tes yeux cymophanes,
Nous traverserons les nuits.
De vœux en vœux, éclosant dans les puits.
Sourds aux clameurs citadines,
Loin des haineux et de leurs badines.