Insoumis


Au cœur de ténèbres épais, sales, bitumineux,
Engorgés d’obscur, suffoquant, fiévreux.
Les yeux creusés, noir de poix.
La chair nue baignant dans le froid.
 
Aiguisez vos serres impures, ombres!
Mes flammes déchireront vos voiles sombres.
 
Sous le joug de cieux belliqueux
Revêtant leurs mailles, de lourds nuages gris en cascade
Ornant leurs fronts de guerrières mascarades.
Crachant des typhons, oblitérant les horizons.
 
Sortez vos lames en foudre, Azures!
Mes traits perceront vos armures.
 
Jetez aux pieds de corybantes,
Une foule compacte de corps tourbillonnants en une danse démente .
Masse ignoble se fouettant d’épines
Chantant les cités de platine.
 
Agrippez moi, enivrez moi de vos voix pleines d’idolâtrie!
Enveloppé de zéphyrine, je vous traverserai insoumis.
 
Invaincu je foulerai ce destin cruel!
L’espoir vacillant.
Le verbe chevrotant.
Porté seul par mes rêveries charnelles.
 
Insoumis!

 

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Ma nuit


La nuit pâle en dehors
Étendant son lustre gris
Sans effort
N’est qu’une farce!
Regarde en moi, déesse Nyx,
Contemple les ténèbres qui émanent,
Cette brume lourde, noir d’onyx,
Qui prend mon buste et mon souffle entame.
Dans ce gouffre morbide où tu aimes contempler,
Tu vois ton ouvrage infécond
Siéger en moi comme en un palais.
Ce que tes dons divins n’ont jamais su accomplir,
Mes tourments n’ont aucun mal à le bâtir.
Un noir si profond qu’il dévore
Matin après matin me clouant au lit,
Digérant mes efforts,
Semant de serments de mort,
Noyant les rêves dans l’oubli,
Donnant aux cauchemars un corps pesant
Agrippant mon souffle, l’affaissant.
 
Mon regard porte tes enfants.
Ils perlent en gouttes de mes paupières,
Mes yeux cernés, deux lourdes civières.
Voici le désespoir riant qui s’y prélasse
Usant mes nerfs, les mettant à vif.
La langueur à ses côtés
Poussant par ma bouches des soupirs plaintifs.
Vous voilà bien installés; comment vous chasser?
Je n’en sais rien, hélas!
 
Mes nuits sont vaines,
Sans repos.
Mon corps agité dans l’ébène
De ce récurrent tombeau,
Griffe le velours en bandeaux
Qui tombe en épais lambeaux.
Nul effort ne fait faiblir
Cet obscure implacable dont je ne peux m’enfuir.
 
Dans ma tête déjà ton royaume déborde
À l’assaut des jours.
Le soleil s’est éteint dans un bruit sourd.
Le monde est envahi par tes hordes.
Déesse redis-moi ton nom,
Ma mémoire se meure
Étouffée par tes liens.
Seules mes mains tremblantes se détachent sur l’horizon.
Aveugle, sourd et muet,
Je sens ma chair dévorée par quelques chiens.
Bientôt je ne serai plus ton serviteur,
Enterrée avec moi, tu retrouveras ton foyer souterrain
Et mon âme asséchée, la légèreté d’un cœur distrait.
 
    Sans tes yeux pour apaiser mon chagrin
    Sans tes bras sur mes reins
    Sans tes rayons au matin
    La nuit, la nuit; la nuit! A-t-elle une fin?

 

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La houle terrestre


Les mortes futaies
Crachent anxieuses
Des bras aux verts feuillages,
Roulant la houle de la labour
Aux gréages.
La terre molle sous les pieds,
Se prépare aux grandes marées.
Poussant dans les vivant terrains,
Le chants des vers
Anime les mottes
Tels une jaillissante écume,
Zébrant ce sol honnis des marins.
Terre! Terre!
Crie la vigie bien haute.
Sans mer nulle rive.
Posés sur ce monde statique,
Rien ne dérive.
Un immobile hypnotique
Si loin des côtes.
 
Le foin se roule en bottes
Mimant les vagues.
Les nuages tentent vainement d’inonder,
Craignant une terre redevenue Pangée.
La vie tout entière réclame son humide berceau.
Les champs dessinent à leurs surfaces
De modestes sillons, les rêvant sillages.
Aidés par les bourrasques qui sifflent bien lasses
Un air aride chargé d’angoisse.
Les bourgeons en prières attendent le déluge.
Une croyance comme seul refuge.
Ivres d’illusions pour se donner la force jusqu’aux éclosions.
Comme la terre se rêvant océan,
Pleine d’espoirs sous les cieux défilants.
Comme l’homme en exil, fuyant,
Cherchant sans fin le bonheur d’un instant.

 

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Derniers vers


Ce sont mes derniers vers
Dit le poète face à la mer.
Raide, le regard scrutant les limites,
Il s’immerge à l’unisson
De l’astre mourant sur l’horizon.
Les vagues s’écartent et l’invitent.
 
Sa solitude pour seule amante,
Il s’enfonce dans l’eau clémente,
Sans pleurs ni regrets.
Ses mains on tant travaillé le verbe
Qu’il n’as plus de mot. Muet
Plutôt qu’acerbe,
Se dit-il, la bouche en biais,
Au plus profond brisé.
 
Son menton épousera bientôt
Le reflet mouvant dans l’eau.
L’appréhension de la douleur,
Glace son sang.
Le visage aux ternes couleurs
S’anime, vivant.
Une dernière inspiration,
L’instant d’après le fluide prend ses poumons.
Sur l’onde calme balance la lune en médaillon.
Le Soleil et le poète, engloutis par le fond.

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Exsangue


Aux bords
De la raison déroulée,
Exsangue et usé.
Mené jusqu’aux confins de son désert.
La tête tombante,
Menton collé au plexus solaire.
L’ombre du midi
Comme seul témoin,
Prise sous les pieds, en repli.
C’est donc ici que finissent tous les lointains.
 
Un horizon palpable.
Un écran tendu,
face à un homme sans but.
On le disait infini,
Mais l’univers lui aussi
Se montre décevant.
Cela fait bien longtemps
Que sa voix s’est éteinte.
Alors, sans un soupir
Il ouvre ses mains comme un livre
Et regarde ses larmes écrire.
La vie feinte
Dans cette tristesse dissociée.
Son esprit ne ressent plus,
Tout en lui s’est tu.
Mais le corps, mécaniquement,
Continue d’irriguer
De souffle, d’amer et de sang.
 
 » Ô ciel, préserve moi.
Recueille moi dans tes étendues bleu roi.
Je resterai muet,
À te regarder sans fin rouler,
Sans fin pousser tes nuages.
Sous tes étoiles, mon champs d’orpaillage.
Tes marées hautes en couleur,
Tire mon cœur vers tes célestes rives,
Tels un doux haleur.
Ô ciel arrache moi à mes douleurs si vives,
Imprègne ma vie de tes récits d’or ».

 

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L’espoir


Des carcasses, des désossés
Traînant les bords des chaussées,
À vomir les cendres de rêve brisés,
Ruminants une vie de raté.
Moi vagabond
Errant sur les routes,
Marchant mes doutes,
Les sans noms
Aux visages noirs poubelle,
Aux cœurs de ciel,
Je leurs dédie mes chansons.
Funambule des trottoirs
Je vois défiler les carrosseries,
Celles des esclaves, leurs brillantes chéries,
Et je rêve parfois qu’une me percute
Me fauche et m’exécute.
Allez on y croit à l’espoir,
Enivrés du parfum des nuits
De celles si sombres qu’elles semblent infinies.
Allez mes frère on le tient l’espoir
Tout sourire comme des torches au soir
L’aube sera belle je le sais,
Bien plus belle que ces ciels étoilés
Ne cessant jamais de captiver
Le romantique aux soupirs morcelés.
Allez, allez on y croit.
Mes amis l’aube sera de soie
Et tous ensemble dans les nouvelles ères
L’on s’aimera au loin des poudrières.
 
Allez dit moi que tu y crois toi
Aux paradis lointains à l’abri de l’effroi,
Aux jours qui jamais ne décline,
Aux horizons pleins de joie,
Aux merveilleuses cités sans badines,
À l’or des poètes et des philosophes rois.

 

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À la fenêtre


À la fenêtre,
Le ciel est gris.
Je le préfère ainsi,
Nuageux, moucheté de pluie.
Car, quand il déploie son bleu triomphal,
Il me semble jeter sur moi un regard plein de mépris.
Alexandre toisant un Diogène de pacotille.
Écrasé, je me sens prisonnier. Je regarde par la grille,
Le dégradé superbe rit de ma vie en morceaux.
Allongé sur le lit ma pensée rampe alors, au caveau.
J’imagine l’instant fatal.
 
À la fenêtre
La vie murmure.
Un enfant pleure,
La route, quelques bruits de moteur.
Ces sons anonymes et quotidiens,
L’humain en lutte. Elle viendra c’est sûr
La gardienne d’un ailleurs serein.
Alors de mon lit je ravive mon cœur
Des peu d’images heureuses que mes mains ont arrachées sur l’affreux chemin.
Ces images qui me tiennent à flot,
Malgré l’instant chargé d’aigreur,
Je les chéris, elle sont de mes mots;
L’or.
 
À la fenêtre,
Penche toi et tu me verras marcher.
Encore un jour, peut-être plus qu’une minute.
Laisser au sol, de ses pieds,
La trace éphémère.
De chute en chute,
Tenter de bâtir la joie, ou au moins,
Une imitation sommaire.
 
À la fenêtre,
La vie n’offre rien.
Il est affreux le chemin,
Mais celui qui l’empreinte y cueille parfois, de quoi fleurir ses matins.

 

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Sembre


Au loin, les paysages
De collines et de nuages entremêlés.
Ici poussent les flambeaux de vivantes émeraudes,
Hachurant l’horizon. Les oiseaux en maraude,
Ombres des cieux aux contours irradiés,
Amis du zénith, moquent les profondeurs sans âge.
Vipères et loups montrent leurs dents.
Rampe chasseur, jusqu’à ta proie.
En un coup, de perles rouge tu est couronné.
De viscère et de sang,
Te voilà capé.
 
Règne Roi
Sans laisse, de la lutte épris,
Dans ta gueule étincelle de grands bruits.
Embrase le monde de tes hurlement insoumis.
Mon souffle contrit,
Embrasse en silence
Ce chant animal.
 
Quand viendra t’il, mon instant fatal;
Devenir dépouille,
Oublier au fond d’une souille;
En finir avec l’errance.
 
Baise ma chair de tes crocs;
Je n’ai plus la force ni les mots,
Pour surnager dans ces nuits qui m’entourent.
 
Déesses, nymphes, esprits,
Lâcher vos bêtes, je me jette à leurs mercis.
Elles sont mon dernier recours.
 
Mes os craquent, lentement dévorés.
Dans ma gorge, elle bouillonne, enfin libérée.
 
Tiens, reprend ma vie; je te la rend.

 

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