Les corridaires


J’ai marché la terre
Et les courants d’or,
Les poumons pris d’air
Et de platine aux aurores.
Des tiges de rosée,
Par les vents agitées,
Vogue vogue immobile
Jusqu’au plus haut sommet.
Moi d’hydre et d’asile
Me voilà rassasié.
Sous les ponts les perdants
Des courses effrénées,
Mais aux cœurs beaux amants
Du Zénith constellé.
 
        « Les corridaires
            Les courants d’or
            Je parle des mots sans chair
            Qui toutes règles ignorent »
Haut moulins,
Haut pales éventées,
Tu laisses sereins
Les dérivants passer.
Assis à ton ombre,
Aux écorces je sombre.
Pour eux je suis un esseulé échoué,
Mais ils ne peuvent comprendre que les arbres m’ont parlé
                                 Et adopté.
 
Amoureux patient,
Je t’attends mon amante.
Une belle aimante
Aux vœux pressants
De vivre indomptée.
Pris de feux,
Brûlant feux nos chaînes.
Loin d’eux à deux,
Tu seras ma reine
À l’oublieuse traîne.
Pauvres de monnaie
Les poches évidées.
Nous vivrons de la poésie de nos peines
Et des étoiles brillantes pour nous, des yeux nos étrennes.

 

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Ma nuit


La nuit pâle en dehors
Étendant son lustre gris
Sans effort
N’est qu’une farce!
Regarde en moi, déesse Nyx,
Contemple les ténèbres qui émanent,
Cette brume lourde, noir d’onyx,
Qui prend mon buste et mon souffle entame.
Dans ce gouffre morbide où tu aimes contempler,
Tu vois ton ouvrage infécond
Siéger en moi comme en un palais.
Ce que tes dons divins n’ont jamais su accomplir,
Mes tourments n’ont aucun mal à le bâtir.
Un noir si profond qu’il dévore
Matin après matin me clouant au lit,
Digérant mes efforts,
Semant de serments de mort,
Noyant les rêves dans l’oubli,
Donnant aux cauchemars un corps pesant
Agrippant mon souffle, l’affaissant.
 
Mon regard porte tes enfants.
Ils perlent en gouttes de mes paupières,
Mes yeux cernés, deux lourdes civières.
Voici le désespoir riant qui s’y prélasse
Usant mes nerfs, les mettant à vif.
La langueur à ses côtés
Poussant par ma bouches des soupirs plaintifs.
Vous voilà bien installés; comment vous chasser?
Je n’en sais rien, hélas!
 
Mes nuits sont vaines,
Sans repos.
Mon corps agité dans l’ébène
De ce récurrent tombeau,
Griffe le velours en bandeaux
Qui tombe en épais lambeaux.
Nul effort ne fait faiblir
Cet obscure implacable dont je ne peux m’enfuir.
 
Dans ma tête déjà ton royaume déborde
À l’assaut des jours.
Le soleil s’est éteint dans un bruit sourd.
Le monde est envahi par tes hordes.
Déesse redis-moi ton nom,
Ma mémoire se meure
Étouffée par tes liens.
Seules mes mains tremblantes se détachent sur l’horizon.
Aveugle, sourd et muet,
Je sens ma chair dévorée par quelques chiens.
Bientôt je ne serai plus ton serviteur,
Enterrée avec moi, tu retrouveras ton foyer souterrain
Et mon âme asséchée, la légèreté d’un cœur distrait.
 
    Sans tes yeux pour apaiser mon chagrin
    Sans tes bras sur mes reins
    Sans tes rayons au matin
    La nuit, la nuit; la nuit! A-t-elle une fin?

 

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Derniers vers


Ce sont mes derniers vers
Dit le poète face à la mer.
Raide, le regard scrutant les limites,
Il s’immerge à l’unisson
De l’astre mourant sur l’horizon.
Les vagues s’écartent et l’invitent.
 
Sa solitude pour seule amante,
Il s’enfonce dans l’eau clémente,
Sans pleurs ni regrets.
Ses mains on tant travaillé le verbe
Qu’il n’as plus de mot. Muet
Plutôt qu’acerbe,
Se dit-il, la bouche en biais,
Au plus profond brisé.
 
Son menton épousera bientôt
Le reflet mouvant dans l’eau.
L’appréhension de la douleur,
Glace son sang.
Le visage aux ternes couleurs
S’anime, vivant.
Une dernière inspiration,
L’instant d’après le fluide prend ses poumons.
Sur l’onde calme balance la lune en médaillon.
Le Soleil et le poète, engloutis par le fond.

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L’homme aux coquillages


L’homme marche, l’air absent.
Il regarde le sable fixement,
Des yeux il cherche des petits coquillages.
Il les connaît si bien qu’il n’a pas besoin de se concentrer,
Dès qu’un de ses favoris apparaît
Tous les autres s’évanouissent comme des mirages.
Ceux qu’il chérit ont deux côtés.
Pile, ils ressemblent à des oreilles,
Face, à de minuscules voies lactées.
À ses yeux, de véritables merveilles.
Il les appelle « coquillages galaxies »
Ses petits cosmos à lui.
Il les fourre dans ses poches
Déjà bien pleines, prêtes à déborder.
Il redoute tous les jours qu’on les lui fauche,
C’est tout ce qu’il a jamais posséder.
Ni famille,
Ni amis,
Que des guenilles
De sans patrie.
Alors ce petit trésor côtier,
Si patiemment amoncelé,
Il y tient, plus qu’à sa propre vie
Qui est, de toute manière bien morne.
Une longue lutte sans répit.
Un malheur sans borne.
Ses yeux secs comme le sable
À force de faire couler des larmes,
Celles d’une douleur ineffable
Pleine de cris désarticulés, de cris d’alarme.
Le soir, avant de s’endormir entre les dunes,
Ils regardent ses reliques briller une à une.
Ses richesses sont simples et son ventre creux
Mais il regarde toujours le monde d’un regard amoureux.
Voilà sa vrai fortune, l’émerveillement facile,
Même face à quelques coquilles futiles.

 

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Ami des grands feux


Mille bâtis,
Écrasés par un seul roulant nuage.
Seigneur porteur de brillantes images.
Sans poids,
Pourtant si pesant sur nos paysages.
 
Prêtez moi votre doux mors,
Indolents régnants,
Cavaliers célestes,
Ignorants les terrestres lests.
Comme vous je veux me laisser porter par le vent.
Dériver paisiblement sous le disque d’or.
Faire couler mon ombre sur la pierre.
M’étendre sur l’horizon,
Et croître tel le lierre.
 
Messagers du Zéphyr,
Compagnons du Levêche,
Apprenez moi à voguer sans ire,
À filer silencieux comme une flèche.
À gonfler dans le ciel
Pour me teinter d’éclats sur-réels.
 
Je me ferai léger,
Aérien,
Élève appliqué,
Fils éolien.
Vous me porterez alors
Auprès de votre Père,
Le grand jeteur de sorts,
Maitre de l’éphémère,
Amis des grands feux.
 
Enfin, je me soulèverai loin des hommes
De leurs vaines audaces,
Des foules envieuses et lasses.
Pour caresser les dieux.
Entouré de mes nouveaux frères, dans les légions d’iridium.

      ••••••••••••••••••••••
      Êtres pétris
      De vaines audaces,
      Persuadés de déjouer le temps;
      Au-dessus des bêtes, en roi,
      L’homme s’agite, remue la terre,
      Couvre son corps de platine et d’or
      Et défile tout gonflé, si fier,
      Oubliant toujours son ultime sort.

 

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Je veux rester fou


Je veux rester fou.
De traits en traits barrés
Croissent en moi le rou-
Lis de Mai tapissez, tapissez.
Sous mes pieds clous et écrous
Accueillent ma plante et se plantent.
Quel est ce liquide qui s’écoule de ces trous?
Vers toi j’erre
En trace rouge.
Ire divine, meurtris ma chair.
Frappe d’arcs diamantins que plus rien ne bouge.
Saccadé.
Désossé.
Les rue froides reçoivent à pleins néons
Mon front qui déverse,
Peuple d’Hélicon,
Ma tristesse mêlée d’ivresse,
Habillant le béton en chemin
D’épaves merveilleuses,
Celles de mes muses en orpailleuses.

La folie qui prend mes gestes,
La folie devant mes yeux,
Est une trouée où chante bienheureux
L’enfant que j’ai été et ce qu’il en reste.
Je veux rester fou!

 

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Divagation sous le crépuscule d’albâtre


Ce crépuscule si pâle
S’abaisse sur ma vie et la vide.
En un long râle,
Tu m’évides.
Est-ce le prix ?
Veiller sous tes reflets blancs de nuit,
Traîner dans ce monde que tu emplis.
Tes yeux dans chaque lever, dans chaque coucher.
Mon cœur à toi lié et, pourtant, tu ne m’as jamais rien donné :
Nul espoir, nulle tendresse.
Ma vie pleine de paresse,
Paralysée d’obsessions.
Mes mots perdus en élucubrations.

Les cieux, épris de ta beauté, tracent de blanc et de bleu des répliques de tes traits,
Qui planent au-dessus pour me hanter.
Dans les flaques gouttent tes merveilles,
Mes pieds s’y prennent et les traînent
En traces humides. De mes pensées, tu es la reine, tu es la traîne.
Mariée fantasmée des astres se consumant pour toi seul.
Tout ce qui brille ne brille que pour toi.
Le grillon dans les fourrés,
Le Soleil étendant ses traits irisés.
Tout ce qui vit danse, chante,
Tous ici bas pour te charmer.
Un univers tout à toi dédié.
Comment alors te captiver,
Toi pour qui tous ont les yeux levés ?

Pourtant, je me dois d’y arriver, ne serait-ce que pour un baiser.
Tu m’as tant dépossédé.
De mes heures,
De mes rêves que tu ne cesses d’habiter.
De mes jours,
De mes sens que tu ne cesses d’enivrer.
De mes souffles,
De mes pas, sans cesse vers toi dirigés.
Offre-moi une seconde, un regard.
Une heure, un geste.
Ton éternité, tes bras enlacés.
Sacre-moi entre tes reins
De plumes, je serai ton chevalier,
De ton crépuscule, je serai libéré,
Et, dans mes aurores, je te verrai dénudée.

Mon cœur enflé,
Tu m’accompagneras, habitante silencieuse de mes tracés.
Muse généreuse coulant dans mes lais.
Amie, amante, tu ne seras jamais oubliée.
Ma route toujours là pour te recueillir.
Mes bras toujours là pour te soutenir.

 

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Iconolâtre


Une poupée à la peau d’albâtre,
Le visage incrusté de saphirs.
Tes yeux : l’océan qui soupire.
Face à toi, je ne suis qu’un iconolâtre,
Un exalté avide de te contempler,
Un crucifié, un martyr,
Cherchant dans la foule un dernier sourire
Pour oublier la douleur de ses mains clouées.
Le rose pâle de tes joues déverse la douce lumière d’un vitrail.
Elle inonde et aveugle mes yeux
Captifs, hypnotisés, amoureux,
Cherchant de ton être, la secrète faille.
 
Je t’en prie, couvre mon corps d’étoupe
Et embrase-moi.
Offre-moi ta bouche comme une coupe,
Embrasse-moi.
L’espoir perle de tes seins,
La foi coule entre tes reins.
Tu es mon Christ féminin,
Mon dieu païen.
Je me jette à tes pieds,
Mes mains en prières.
Offre-moi ta chair,
Que je la couvre de baisers.
Tu es l’astre effondré
Où gravite l’infinie beauté,
La singularité esthétique,
Un cri du cœur comme une foule hystérique.
 
Mais, moi, je ne suis rien pour toi :
Ni amant, ni ami.
Un agrégat de chair anonyme.
Un détail que tu balayes d’un doigt.
Un misérable qui supplie.
Un chien hurlant dans l’abîme.
 
Je ne suis qu’un fou qui trime,
À percer ta pierre des ses mains molles,
À charmer tes lèvres avec des mots banals.
Je ne suis qu’un poète aux tristes rimes
Qui, bercé par ses idées folles,
À cru, un jour, pouvoir d’une déesse être l’égal.

 

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