Noir brûlant

 

Noir Brûlant, issu du recueil « De force et de vivres »

« J’ai vu un noir brûlant. Un sombre Éden choir de son astrale contrée. L’Éther s’est mis à trembler, pris de spasmes funestes ; les constellations se changèrent en Titans qui, en s’écroulant, déchirèrent le tissu même du céleste monde. L’humanité, en un geste commun, se mit à genoux sous le ciel non éteint, mais tout simplement disparu, remplacé par un indicible néant. Toutes mains tendues, en une sonore supplique, elle appela au secours. Même la plus profonde des nuits aurait pu soulager les yeux des blessures de l’absence. Immense, immense absence; l’espoir semblait interdit. Dans le cœur des Hommes, le bien et le mal avaient perdu leur éternelle balance. La mort et son imminence hantaient maintenant les actes de chaque bête. Toutes s’entre-dévoraient. Nulle ne pouvait voir, mais le bruit de la chair que l’on mutile se mêlait aux cris de désespoir, aux persistantes prières inutiles, dessinant un horizon vibrant de toutes agonies.
Éclairé par le phare de ma folie qui enfin brillait dans son élément, je vivais à grands feux comme si l’obscure de mes entrailles s’était déversée partout, entraînant la vie et ses pantins, les agglutinant dans mes failles. Habituellement seul dans mon trou d’ombre, mes frères, rejoignez enfin mon trop plein d’horreurs ! Enfin unis aux nombres, dans un vivant charnier aux effluves de sang et de sueur. Le sourire aux lèvres, je me délectais de cette déliquescente humanité. Tous fous, pleins de morbides ardeurs. Tous fous, l’extase des os craquant sous les coups. Tous fous, raidissant dans la nudité de l’âme qui a perdu toute lumière. Tous fous ; tous fous, un ultime instant, et puis, et puis tout fut. »

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