Prose d’hiver, diverge et pousse, repousse ces douleurs, qui font des heures un écueil, d’où je m’extrais avec effort. Prose, étends tes bras que j’y pose mes vers affectés. Mon visage a vu mourir tant de larmes; mes lèvres s’usent à n’être jamais baisées; mes mots tendres trébuchent et finissent en rimes brisées. En moi le gouffre, prose le saut et fleur un sommet. La chute doux pétale, j’offre ma mort en bouquet. Affleure du cœur, affecte un dernier soupir, pousse encore un soir plus loin. Qui saigne encore vit, qui sait, les rives m’offriront encore envie. Prose, car je n’ai rien à perdre, prose jusqu’à s’éteindre.
Alors, on sème et dans ces graines que la terre nous prend, on espère que germera une paire pour aimer, essaimer à nouveau plus grand, plus que seul, plus que nous. Nouveau monde en puissance, puisant dans deux pour lever des astres neufs. Le ciel s’éclaire un peu d’amour, le mal éteint ses feux et chaque aube
semble dépourvue de crépuscule, comme si un détour secret avait lié entre eux les jours, pour que tout reste lumière; et puis, le devenir devient souvenir et la nuit s’étend plus noire qu’aux origines, jusqu’à la prochaine éclosion des cœurs.
Je coule doucement entre les draps du temps, l’habitude lasse rendant la douleur presque anodine. Ma pensée quelque peu s’égare et soudain butte sur un passé enchanteur mu en cruel présent. Pourquoi mes songes reviennent-ils sans arrêt sur les traits de celle que mes yeux ne pourront plus jamais contempler? Chère inconnue, qu’attendez-vous pour me sauver.
