Proses I


Je reste là, les yeux présents dans une absence béante. En vie, entre rives, isolât dans l’antre vide de mon crâne. L’absurde frappe, évidence rude, chaque souffle n’est qu’un cruel interlude, un effort désespéré pour éluder la mort, que j’espère prompte et inféconde. Entre temps, entre souffle, j’essaie de tordre le réel, de bâtir un hors-monde, placide étal, lieux sereins où je guette l’instant fatal. De ma hune branlante, mes larmes reflètent mille horizons, prisons prises d’une noire saison, celle des lamentations. La vie n’est qu’un laps de sang inutile, un lapsus divin, dévastateur.


Rien ne s’offre à nous que la désillusion – bientôt l’on s’éveille encore pris de rêve, la bave séchée sur la joue, les pupilles s’ébrouent pour se défaire de la nuit et l’ombre prend sa place. Le soleil perce difficilement les brumes qui habitent ceux qui ont grandi d’un amour boiteux. Ils avancent nonchalamment, leurs pieds foulent les bris d’âmes et se blessent, chariots aux traces rouges, mains au charnier qui bougent. Ensevelis à l’air libre.


Je vous laisse le béton et l’or des cités, je garde les pierres, les cailloux, les graviers. Je vous laisse les chefs, les seigneurs et les couronnés, je préfère la compagnie des moribonds, des ladres, des usés. Désabusé, plus rien ne m’éveille, les heures s’écoulent, goutte à goutte, sur mon front percé – lancinante peine d’un cœur cadenassé. Je ne me sens vivre qu’au plus sombre de la nuit, quand le corps nu jeté au froid convulse, quand les yeux s’accrochent à la moindre flamme pour creuser les ténèbres, quand la voix se teinte d’une douceur funèbre. Dans la gorge, déjà l’âme s’échappe, apaisée.

 

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