Je suis le déshérité. Déjà de tes traits j’ai perdu l’essentiel; mes songes recomposent hésitants ta silhouette, palais charmant qui dans les bois, même les plus nus, abritaient mon front de toute les intempéries de mon âme. De l’oubli tu ressurgis toujours, traînant avec toi la mélancolie, indépassable rumeur ruminante sans cesse quelques jours sans nuit. Que de nuits maintenant, et pourtant je reste sans sommeil; à demi songe je reste d’heure en heure sans hâte de dévoiler le reste, ce surplus de vie où tu n’es qu’absence, un abcès abstrait lestant l’esprit, un béant que les yeux questionnent sans trêve. Que l’on me porte l’acier au cœur, ma vie si brève semble porter la douleur de plusieurs siècles. Ni lance ni glaive et pourtant chaque jour est une marche forcée où tu me panses en rêve.
