Chère inconnue IV


Chère inconnue, chair inconnue, je vous vois au loin dans la rue, silhouette prise de foule, mon cœur dans la houle. Belle île où mes bras aimeraient s’arrimer, jeter cordage pour sur le chaud du corps se prélasser. La rue vous dévore si vite, votre pas pressant comme une fuite, l’intention vous guide. Moi je chasse d’admiration, taillant sur la crête mobile des passants un chemin vers vous, ma sirène ivoire, ma reine au brisant sereine. La masse écumante semble vous porter toujours en avant, tel un vaisseau conquérant. Moi esquif avalé par les creux, je reste envieux dans le sillage, épuisé, mes rêves ancrés dans vos tendres mouillages. Mon cœur inondé sous les coups de boutoir, sombre, sombre, me voilà rafiot, matelot plein de suppliques éparses aux décombres, la voix prise d’eaux, l’espoir meurtri par les cinglantes lames. Un drame muet se joue sur votre horizon, moi qui ne voulait que vous arraisonner, monter à votre bord pour vous bercer de baisers. L’océan d’hilotes m’a sabordé et noyé. Mon Amérique s’éloigne, invincible à mes rames, déjà engouffrée dans une distante rame qu’une sirène s’empresse de faire filer. Seul, sur le quai, corps au sec, regard embué, le souffle fait d’abysse mon âme abymée.

 

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