Chère inconnue III


Chère inconnue, de passage parmi les hommes, je vous ai croisée au cinéma. L’hiver enveloppant vos charmes d’étoffes chaudes, j’étouffe un soupir et murmure dans votre dos une ode. Rien ne m’émeut plus que l’amour en aube chassant du cœur l’amer d’une ancienne mue, crue sanguine parcourant l’échine, celle que l’habitude courbe d’usure, se déploie d’émoi et la joie jaillit, vive au visage, nouvel amant naissant roi. Mais, à peine par vos yeux couronné, me voilà de désir sans espoir consumé. Les silencieux couloirs me jettent à quelques rangées de votre corps. Le noir percé d’éclairs, scène après scène, je nous rêve nus ensemble dans un obscène charnier. Je suis bien désolé, l’amour n’est pour moi qu’un instrument pour me déposséder. Je me jette aux seins pour y finir crucifié, dans les reins brisé convulsant comme le communiant pris de transe sous les rayons colorés qui coulent entre les plombs. De plomb, de plomb, empêtrés, vous voilà par l’issue libérée. La bobine a fini son œuvre et moi je reste dans les ténèbres accrues de votre absence.

 

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