Ma nuit


La nuit pâle en dehors
Étendant son lustre gris
Sans effort
N’est qu’une farce!
Regarde en moi, déesse Nyx,
Contemple les ténèbres qui émanent,
Cette brume lourde, noir d’onyx,
Qui prend mon buste et mon souffle entame.
Dans ce gouffre morbide où tu aimes contempler,
Tu vois ton ouvrage infécond
Siéger en moi comme en un palais.
Ce que tes dons divins n’ont jamais su accomplir,
Mes tourments n’ont aucun mal à le bâtir.
Un noir si profond qu’il dévore
Matin après matin me clouant au lit,
Digérant mes efforts,
Semant de serments de mort,
Noyant les rêves dans l’oubli,
Donnant aux cauchemars un corps pesant
Agrippant mon souffle, l’affaissant.
 
Mon regard porte tes enfants.
Ils perlent en gouttes de mes paupières,
Mes yeux cernés, deux lourdes civières.
Voici le désespoir riant qui s’y prélasse
Usant mes nerfs, les mettant à vif.
La langueur à ses côtés
Poussant par ma bouches des soupirs plaintifs.
Vous voilà bien installés; comment vous chasser?
Je n’en sais rien, hélas!
 
Mes nuits sont vaines,
Sans repos.
Mon corps agité dans l’ébène
De ce récurrent tombeau,
Griffe le velours en bandeaux
Qui tombe en épais lambeaux.
Nul effort ne fait faiblir
Cet obscure implacable dont je ne peux m’enfuir.
 
Dans ma tête déjà ton royaume déborde
À l’assaut des jours.
Le soleil s’est éteint dans un bruit sourd.
Le monde est envahi par tes hordes.
Déesse redis-moi ton nom,
Ma mémoire se meure
Étouffée par tes liens.
Seules mes mains tremblantes se détachent sur l’horizon.
Aveugle, sourd et muet,
Je sens ma chair dévorée par quelques chiens.
Bientôt je ne serai plus ton serviteur,
Enterrée avec moi, tu retrouveras ton foyer souterrain
Et mon âme asséchée, la légèreté d’un cœur distrait.
 
    Sans tes yeux pour apaiser mon chagrin
    Sans tes bras sur mes reins
    Sans tes rayons au matin
    La nuit, la nuit; la nuit! A-t-elle une fin?

 

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