L’homme marche, l’air absent.
Il regarde le sable fixement,
Des yeux il cherche des petits coquillages.
Il les connaît si bien qu’il n’a pas besoin de se concentrer,
Dès qu’un de ses favoris apparaît
Tous les autres s’évanouissent comme des mirages.
Ceux qu’il chérit ont deux côtés.
Pile, ils ressemblent à des oreilles,
Face, à de minuscules voies lactées.
À ses yeux, de véritables merveilles.
Il les appelle « coquillages galaxies »
Ses petits cosmos à lui.
Il les fourre dans ses poches
Déjà bien pleines, prêtes à déborder.
Il redoute tous les jours qu’on les lui fauche,
C’est tout ce qu’il a jamais posséder.
Ni famille,
Ni amis,
Que des guenilles
De sans patrie.
Alors ce petit trésor côtier,
Si patiemment amoncelé,
Il y tient, plus qu’à sa propre vie
Qui est, de toute manière bien morne.
Une longue lutte sans répit.
Un malheur sans borne.
Ses yeux secs comme le sable
À force de faire couler des larmes,
Celles d’une douleur ineffable
Pleine de cris désarticulés, de cris d’alarme.
Le soir, avant de s’endormir entre les dunes,
Ils regardent ses reliques briller une à une.
Ses richesses sont simples et son ventre creux
Mais il regarde toujours le monde d’un regard amoureux.
Voilà sa vrai fortune, l’émerveillement facile,
Même face à quelques coquilles futiles.
